Apr 09
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La Gifle (partie 1/3)

La Gifle (partie1/3)

On dit que les querelles de couple cimentent l’union. Si ce postulat est vrai, Cédric et Cynthia font ce qu’il faut pour vieillir ensemble. Depuis un bon mois, ces deux là se chamaillent quasiment tous les soirs.

Cynthia est une jeune américaine, rouquine échevelée, grande, sensuelle et sexy. Les garçons la disent bandante, reluquent ses cuisses, lorgnent son décolleté et guignent son cul, sans y toucher cependant. Parait-il qu’elle baise pas en dehors du légitime, celui là qui est architecte, qui nous vient de normandie.

Cédric a pris des parts dans un cabinet d’architectes auvergnat et le couple s’est installé en Artense, une région sauvage située au sud de la capitale arverne, à une heure en auto. Ces deux là se sont connus en Afrique, à Zinder pendant que la jeune fille servait pour les « Peace Corps » – le corps de la paix américain, tandis que lui était coopérant technique au Niger.

Le couple affronte la première crise majeure, pour un motif imbécile. Cédric est jaloux, à tort, du passé de Cynthia, laquelle était loin d’imaginer que son mari ferait de tels esclandres quand elle lançait son invitation. Elle ne veut pas et ne peut plus décemment annuler.

Bilali et Ahmadou, deux journalistes nigériens de ses amis sont de passage en France pour raisons professionnelles. Ils prévoient un détour par l’Artense, le temps d’un week-end, en vue d’embrasser Cynthia.

Depuis un bon mois, depuis le jour qu’elle lançait cette satanée invitation, la jeune femme résiste au harcèlement, qui devient pathologique. Le jaloux perd la logique et sa raison. Les sujets de querelle se multiplient. La tension s’installe et divise chaque jour un peu plus le couple. L’atmosphère est de plus en plus chargée d’humeur, d’aigreur et de rancoeur.

Ce soir fatidique, la gifle siffle, fend l’air, percute, méchante et humiliante. Cédric regrette aussitôt mais c’est trop tard. Il poursuit Cynthia, crie ses regrets, demande le pardon. Trop tard ! La porte est fermée, verrouillée à clé. L’angoisse l’étreint. Il est anéanti. Il tambourine, implore, supplie mais la porte reste hermétiquement close.

Cynthia sanglote, affalée sur son lit. Elle veut tout à la fois écraser ce type, se venger, fuir, rentrer aux States. L’humiliation, la rage bousculent les scénarii qui assassinent l’autre, le mari, l’indigne, l’horrible. Elle pleure longtemps, renifle, se mouche. Les sinus sont bouchés. Les yeux sont rougis, gonflés. Son esprit s’égare. La fatigue l’assaille. Elle sombre enfin dans un sommeil agité.

Le lendemain, la raison l’emporte mais la colère est toujours là, froide, sourde qui couve et attend son heure. Cynthia est plus butée que jamais mais n’envisage plus de rentrer aux USA.

Cédric croit au miracle qui n’espérait plus l’apparition. Il s’accroche à ses basques, développe l’argumentaire, quémande l’absolution, pleurniche, pleure même, mais rien n’y fait. Rien n’ébranle le mutisme de Cynthia.

L’impétueux à bout de nerf, frémissant d’impatience, renonce à aller au boulot pour se donner le temps de plaider sa cause, de gagner son pardon. Il espère, désespère, veut réparer, effacer si c’est possible. Trop tard ! Elle quitte sans un regard, sans une parole. La voiture disparaît. Cynthia roule direction Aulnat pour accueillir ses amis. Bilali et Ahmadou, arrivent en provenance de Paris CDG par la navette Air France qui atterrit en fin de journée.

A l’aéroport Cynthia fait connaissance du demi-frère de Bilali, étudiant à Clermont-Ferrand, qui vient comme elle, accueillir le frangin. La jeune américaine est surprise qui ignorait l’existence du petit frère en Auvergne. Ce genre de cachotteries l’agace prodigieusement et plus encore ce jour qu’elle n’est pas de bonne humeur.

Cynthia pressent que son programme va tomber à l’eau, qu’elle avait soigneusement échafaudé. La jeune femme rumine ses aigreurs. Ce cas est typique qui donne du crédit aux lieux communs qui disent les africains imprévisibles, inconstants et irrationnels. Elle remâche son dépit mais ne bronche pas, essaie de se calmer. A quoi bon regimber et indisposer tout le monde puisqu’on ne peut rien y changer. Au demeurant ces trois là ne sont pas responsables de ses déboires avec Cédric.

Naturellement, les deux frères veulent passer la soirée ensemble. L’étudiant et les autres fraîchement débarqués tirent des plans pour la nuit. Cynthia pourrait évidemment rentrer et revenir le lendemain chercher ses invités mais préfère néanmoins accepter l’hébergement qui lui est proposé.
-Reste avec nous, Cynthia. Tu auras une piaule pour toi seule, reprennent les amis de concert avec l’étudiant, lequel coloue un appartement avec un compatriote, opportunément absent. L’offre est raisonnable. Elle se range à l’avis du plus grand nombre, heureuse du plaisir de ses amis, heureuse de replonger en négritude l’espace d’une soirée. Au demeurant, l’alternative n’est pas si crédible qui suppose d’avaler pas mal de kilomètres pour seulement se farcir les jérémiades de l’autre salaud.

Faut-il le prévenir ? L’envie de le laisser mariner dans son jus l’effleure, la tente mais la colère n’est plus assez forte. Le sentiment pour cet imbécile reparaît, résiste, plaide l’indulgence, amadoue Cynthia. Elle capitule et compose l’appel.
-Cédric ? Bilali et Ahmadou sont arrivés comme prévu. Ne nous attend pas. On passe la nuit chez le frère de Bilali à Clermont Ferrand, débite t-elle dans son portable sans lui laisser le temps de prendre la parole. Pour Cédric, l’appel apporte un immense soulagement. Il piaffe d’en savoir davantage, rappelle, se fait rembarrer. La joie mue. Il se laisse envahir par de vieux démons. Que fait-elle donc ?

Les choses ne sont jamais aussi simples qu’il y parait et la chambre pas si disponible qu’on croyait. Toutefois, la personne qui l’occupe, Laure, une jeune française sympathique, amie de fraîche date du colocataire absent, propose spontanément de libérer la place. C’est pour elle un plaisir de rendre service et l’occasion de rendre visite à ses parents qu’elle n’a pas vu depuis longtemps.

Au menu du dîner, kebabs, bières, pétards et réminiscences africaines en tout genre. On touille et on obtient une soirée nostalgie qui s’éternise comme il est quand on se retrouve entre amis qui ne se sont pas vus depuis longtemps
-« Kina ji haussa, Cynthia. Kina yi magana », demande à brûle pourpoint l’étudiant. Bien sûr que Cynthia comprend et parle couramment Haoussa ainsi qu’un peu de djerma et de tamashek en plus du français qu’elle maîtrise à merveille. C’est l’une des particularités remarquables des « peace corps » américains qui parlent tous couramment les langues et dialectes locaux avant même d’être en poste. Dés ce moment, l’étudiant et les autres aussi d’ailleurs qui savaient déjà, n’utilisent plus guère que leur langue maternelle. C’est peu dire que les échanges gagnent en chaleur, en couleur, en profondeur. On est en famille.

A l’instar des trois autres, Cynthia tète les bouteilles de bière au goulot et tire sur le joint qui circule. Son passé déboule et la submerge. L’espace est aboli. Elle se retrouve à nouveau, immergée, à l’aise dans cette Afrique qu’elle aime. L’Afrique accueillante, chaleureuse, solidaire, charnelle, sensuelle et en même temps sauvage, dure pour ses enfants, abominable pour ses filles et licencieuse par tous ses pores.

L’épiderme de la jeune femme frémit au souvenir de ses amants parmi lesquels ne figurent pas Bilali, ni Ahmadou, quoi qu’en pense Cédric. Cela aurait pu être, cela a failli être mais n’a pas été. Des occasions manquées ? Sans doute, une ou deux, qu’elle a oubliées, bien qu’elle ait toujours eu un faible pour Bilali.

Cela ne veut pas dire qu’elle a des projets. D’ailleurs la jeune femme se veut fidèle. La baffe dont la trace est cuisante, ne change pas fondamentalement son état d’esprit. Néanmoins, l’évocation du conjoint n’est pas heureuse. Une petite voie mêle son timbre, susurre la perfidie, évoque la vengeance. En retour, l’obsession de fidélité revient comme un refrain qui rassure, dont la déclamation rappelle beaucoup la méthode Coué.

Le diable a trouvé une faille. Comment est-ce possible ? Un désir diffus perfuse perfidement dans la tête de Cynthia autant que dans ses tripes. Elle se morigène, revisite ses devoirs et prie Dieu pour bâillonner l’appel, celui qui sourd sournoisement de son bas ventre, celui qui récite ses litanies sous le plafond. Par bonheur, le cheminement malsain s’alanguit et s’épuise sous le poids de la fatigue associée à l’alcool et la drogue qui font des ravages. Les crânes s’embrument. Les têtes s’alourdissent. Les paupières pèsent. Il est temps d’aller au lit.

Les trois hommes s’entassent dans leur gourbi. Ils partagent la chambre de l’étudiant tandis que la jeune femme rejoint sa couche solitaire. Elle sombre dans le sommeil d’un seul coup, comme une masse.

Plus tard dans la nuit, elle se réveille, la gorge sèche, le corps moite. La chaleur est insupportable. Le tee-shirt est trempé. La culotte est souillée moins de sueur que de mouille. Elle a rêvé d’étreintes bestiales dont témoigne le sexe baveux. Cynthia se rend à la salle de bain pour boire, pisser et rafraîchir son visage fiévreux.

Au retour, la jeune femme ôte ses derniers vêtements et les étend pour sécher. Question d’organisation ! Elle vient de réaliser qu’elle n’a pas de linge de rechange et au demeurant il fait chaud.

La jeune américaine s’allonge nue sur le lit, mais n’a plus sommeil et ne sait que faire. Des bribes du rêve de la nuit reviennent la hanter, qui forment des épisodes décousus, sans queue ni tête, mais dont la charge érotique n’est pas nulle.

De temps à autre, elle se touche. C’est plus fort qu’elle. La jeune femme tergiverse néanmoins car elle craint les débordements qui sont coutume quand elle se laisse aller. La valse hésitation entretient une effervescence molle qui n’est pas désagréable mais en arrière plan, le désir couve qui attend son heure.

Le passage d’une auto dans la rue trouble parfois le silence. Dans la pièce contiguë, rien ne bouge, rien ne transpire. Les trois hommes doivent dormir. Inexplicablement, elle en ressent de l’agacement, du dépit.

A un moment donné, des bruits surviennent dans la cuisine qui ne l’ont pas effrayé le moins du monde. Le couinement d’une porte, des pas assourdis l’ont déjà préalablement alertée. A n’en pas douter, c’est l’un des trois hommes qui s’est levé pour boire ou uriner, fumer peut être.

Brusquement l’envie d’en griller une est là, pressante, envahissante. La jeune femme fouille dans son sac à la recherche d’une pastille de nicotine. Pas question de flancher après six mois d’effort. Elle s’autorise encore quelques joints mais plus du tout le tabac. Ce rappel intempestif réveille sa nervosité.

Les miasmes des songes libidineux reprennent vie. Sa main aussi reprend position dans l’entrecuisse. Le clitoris durcit qui est manipulé entre le pouce et l’index. Des picotements caractéristiques d’une certaine tension dans la région pelvienne, vers le périnée dénoncent la montée du désir. Les mouvements du bonhomme dans le salon ne l’intéressent plus vraiment.

Pourtant, elle se surprend à souhaiter sa venue, imagine Bilali qui franchit la porte de la chambre. Le pouvoir de l’esprit est sans limite, les caresses masculines semblent presque réelles qui la font frémir. Il ne faut pas grand-chose pour briser la magie. Un bruit singulier a suffi et le fantasme s’est effacé.

La réalité est amère. La baffe et le mari reviennent occuper le devant de la scène. N’allait-il pas foutre le bordel ? Ce nigaud avec sa jalousie déplacé. Et cette gifle ? Dont la brûlure est encore sensible. Doit-elle rester impunie ? Dans son inconscient, le pardon trace imperceptiblement son chemin. Quelle preuve ? N’envisage t’elle pas la pénitence, signe de miséricorde. Peut-elle l’admettre ? Veut-elle ?

L’humiliation est encore très cuisante. L’énervement la gagne. Cynthia en prend conscience, réagit, chasse les pensées désagréables, tente des évocations joyeuses, gaies, gaillardes. Il y faut de la concentration. Le fantasme reparaît.

Le film reprend des couleurs. Les bobines oniriques défilent. Des hypothèses farfelues apparaissent un moment, qui ne tiennent pas la route, et disparaissent. Le scénario trouve sa voie, son rythme, s’étoffe, s’autogére dont elle n’est dés lors, plus maîtresse. De nouveaux personnages déboulent qui sont testés. Le type dans la cuisine ? Se peut-il que ce ne soit pas Bilali ? Peut-être Ahmadou ? Ou bien l’étudiant ? Son esprit trotte ainsi à cheval entre fantasme et réalité, tantôt distant et nonchalant, tantôt impliqué et gourmand. La multiplication des options la désoriente qu’elle rumine un moment. Vrai ! Ce peut être n’importe lequel des trois. Le fantasme s’empare de cette réalité, la triture, la manipule mais la question revient chaque fois. Lequel des trois ?

L’incertitude l’excite qui pimente l’expectative. Des hypothèses qui l’auraient horrifiée dans la réalité, passent allégrement le filtre de ses inhibitions. Et à tout prendre, chacun des mâles possède une particularité remarquable susceptible d’animer un personnage de la fantasmagorie. L’étudiant porte sa jeunesse et l’enthousiasme. Bilali est l’érudit, l’esthète, la délicatesse, le compagnon d’une vie. Ahmadou joue plutôt l’amant d’une nuit, qui a de la bestialité, et la carrure et les muscles d’un lutteur de foire.

A jouer avec le feu, le papillon se brûle les ailes. Sans bien se rendre compte Cynthia a activé une machinerie démoniaque qui la déborde. Son désir grimpe d’un cran. Le scénario prend du corps, de la densité, de la chaleur. Le monde virtuel devient lubrique et ses appétits charnels, très réels, deviennent voraces. Son personnage implore Satan, appelle le mâle de ses vœux. Qu’il vienne la rejoindre !

L’appel est muet mais il s’en faut d’un rien que le cri n’éclate, sonore, pressant, qui aurait porté toute l’avidité d’une femelle affamée. Cynthia lutte pour reprendre pied, quitter la scène, chasser le monde fantastique mais le désir est puissant qui ne ressort plus seulement du fantasme et persévère envers et contre tout. La tension des dernières vingt quatre heures et le manque de sommeil ajoutent à son énervement.

Elle en vient à espérer réellement, cyniquement, lucidement, la venue de Bilali, lequel cependant, ne garde pas sa faveur très longtemps. Souvent femme varie ! Lucide, elle admet que les probabilités ne sont pas plus favorables à l’un qu’à l’autre. Cynique, elle convient que Bilali la fait moins flipper qu’Ahmadou pour tirer un coup. Elle craque pour le cul du colosse.

Ces calculs l’épuisent. A tout prendre, n’importe lequel ferait très bien son affaire. Oui ! Oui ! N’importe lequel ! Elle en rajoute mais tout ce cirque a pour seul but de masquer son ignominie. C’est le cul de Ahmadou qui la fait flipper. Déterminée, Cynthia oeuvre farouchement du doigt en silence, mâchoires serrées pour contenir la plainte qui gonfle sa poitrine. Fantasme ! Réalité ! Deux illusions qui fusionnent pour nourrir une immense aspiration.

La poignée tourne. Quelqu’un entre. Impossible de se méprendre. Le corps de la jeune femme se pétrifie derechef, la main figée en position, l’index immobile à l’entrée du vagin. Le cœur de Cynthia cesse de battre. Son épiderme se hérisse. Les neurones s’activent. Les synapses chauffent.

Pas de doute ! On n’est plus dans un fantasme. C’est une réalité ! Bien réelle ! Pas besoin de se pincer pour confirmer. Un zeste de peur et une lichette d’angoisse s’insinuent, qui remuent ses tripes et exacerbent délicieusement l’attente. La jeune femme tente de percer l’obscurité qui reste impénétrable. Elle ne peut voir, mais sent la présence. Des effluves musqués un peu épicés titillent ses narines.

Va savoir pourquoi Cynthia ne se dévoile pas, préfère jouer l’endormie. Qui est donc ce putain de mâle ? Où est-il ? L’espace et le temps s’annihilent. Il n’y a plus que lui et elle. Rien d’autre ! Cynthia la vertueuse, la loyale, la fidèle ? Connaît pas, qui se planque. Une femelle gourmande, vicieuse prend sa place, qui aspire à tous les débordements. Est-ce Bilali ? Ahmadou ? L’étudiant ?

Comment savoir ? Un bruit de chaise. Une ombre, des mouvements. Des doigts effleurent son corps. Est-ce Ahmadou ? Est-ce lui ? L’intuition, une impression, l’atmosphère, le doigté, le toucher, le geste, mille riens indescriptibles, arbitraires qui confortent ensemble une conviction tout autant arbitraire.

Elle n’est pas inquiète, juste un peu effrayée parce que les choses vont vites, parce que des siècles de puritanisme marquent ses gènes mais ces frayeurs ne pèsent rien, tout au plus pimentent-elles un peu plus la fébrilité exquise que l’on ressent la première fois que l’on va faire l’amour avec un nouveau partenaire.

L’inconnu réalise qu’elle ne dort pas, se montre plus actif, se glisse à son côté et susurre l’amour.
-Hello baby tu m’as manqué, articule t’il dans un souffle avant de l’enlacer, de l’embrasser, de la caresser. Le mâle s’active. La discrétion n’est plus de mise. Il ne craint plus de la réveiller.

Cynthia s’abandonne à la bourrasque, savoure son plaisir. Milles sensations l’envahissent. L’intimité des épidermes transfuse une ivresse délicieuse. La main sur son sexe qui remplace la sienne, est mille fois plus experte. Cette autre qui s’affaire sur son sein ne l’est pas moins. Ce corps vigoureux la rend folle qui irradie la force et revivifie tout son être, mais pas autant cependant que le sexe énorme, dur, vivant qui palpite dans sa main.

Les lèvres masculines charnus, douces dissolvent les siennes, fusionnent avec elles et forment ce lien indissoluble qui les unit à jamais pour l’éternité. Ou à tout le moins une éternité relative, humaine, à la mesure des appétits de Cynthia qui perd la notion du temps.

Les propos du nouvel arrivant dont la jeune femme n’a pas tout à fait compris le sens, alignent des sonorités déconcertantes qui l’alertent sans cependant entamer sa conviction. C’est Ahmadou ! Point ! C’est sans arrière-pensée qu’elle lance l’exclamation qui signe la bienvenue, laquelle cependant est quelque peu étouffée parce que dans le même temps l’autre s’empare de ses lèvres.
-Ah…, am…, ma…, dou ! A t-elle bafouillé. Est-ce le cri d’accueil ? Cela en a encore l’intonation sinon l’enthousiasme. L’autre émet en retour un borborygme que l’on peut interpréter comme une réponse, à laquelle la jeune américaine ne prête d’ailleurs nulle attention tant sa conviction est bien établie. L’erreur !

L’erreur ! Cynthia est persuadée être dans les bras d’Ahmadou alors qu’il s’agit de Mamadou, le locataire officiel de la chambre, prématurément rentré de son déplacement.

Mamadou lui-même est convaincu d’embrasser son amie Laure. Certaines réactions cependant, le laissent plus dubitatif que d’autres mais la fougue emporte ses doutes. Depuis deux jours qu’il n’a pas baisé, les burettes débordent. Il poursuit et broute le minou avec ardeur et se goinfre des lymphes savoureuses. Il suce, aspire, lèche et n’a de cesse d’activer ces ondulations du bassin qui dénoncent le plaisir de sa partenaire et le comblent lui, plus que tout autre chose. Il aime la pousser dans ses derniers retranchements, l’entendre gémir, jouir et demander grâce. Il se targue de faire du bel ouvrage.

Les gémissements l’intriguent néanmoins qui n’ont pas tout à fait la tonalité familière. Il reste aux aguets mais ne l’aurait-il pas été, c’est pareil. Les hennissements de Cynthia ne pourraient pas le tromper. D’évidence, cette jument là n’est pas la sienne.

Cynthia adore être sucée. Ce mâle là est un expert qui la fait pâmer avec ses lèvres et sa langue. Il a tout exploré, tout sucé, tout nettoyé, tout vidé. Son bassin n’obéit plus qui exécute une sarabande compulsive. Un premier orgasme l’emporte et le second pointe. Est-ce à dire que l’homme aspire au repos qui reste suspendu à son clitoris ? En tous cas, l’appendice qui sert d’ancrage prend de la longueur et de l’épaisseur autant que du volume. L’excitation grimpe sur les sommets. La jouissance de la jeune américaine atteint la zone de tous les dangers. Sa raison déraille tandis que l’esprit s’égare. Chaque fibre de son corps vibre à des fréquences proprement insupportables. Cynthia brame son bonheur et hennit encore quand la lumière s’allume.

La surprise est réciproque mais plus encore pour Cynthia qui ne soupçonne rien.
-What happens ? Who are you ? Balbutie t’elle incrédule, sans avoir conscience, qu’elle s’exprime dans sa langue maternelle.
-Elle est bien bonne ! Celle là ! C’est ma piaule ici. Et vous ? Coasse Mamadou.
Un éclair d’intelligence flashe chez elle qui comprend soudain la situation. Cynthia laisse échapper un rire nerveux, bref. L’autre à son tour commence à piger qui rie franchement.
-Désolé, je suis rentré plus tôt que prévu, argue t’il pour faire amende honorable après que Cynthia a bafouillé les explications de circonstances.
-J’ai cru que vous étiez Ahmadou, jette t’elle encore dans un souffle pour justifier sa soumission qui ne peut manquer de surprendre. L’homme hausse les sourcils mais ne commente point.

La méprise suscite toujours l’hilarité du bonhomme mais ses rires ne sont plus si francs ni si purs, qui portent un accent beaucoup plus rauque. La jeune femme l’interrompt.
-Je m’appelle Cynthia, marmonne t’elle laborieusement.
-Moi, c’est Mamadou, répond-il. La présentation fait diversion. L’homme ne rie plus. La gêne s’installe. Le silence pèse. Mamadou ne sait pas trop quoi faire, qui est chez lui mais ne veut pas la chasser.

Dans son for intérieur, le mâle a envie de baiser cette rouquine flamboyante et magnifique. Son désir est toujours très vigoureux, qu’il ne cache pas. Néanmoins, il n’ose plus attaquer. Il se flagelle. Pourquoi donc ce qui était possible un instant auparavant, ne l’est-il plus quand la méprise est élucidée ? Comment faire ?

Du côté de la jeune américaine, la même confusion règne. Le rebondissement inattendu la laisse pantelante. Il ne lui vient pas d’abord l’idée de couvrir son corps nu. Elle attend hébétée, cuisses ouvertes, le sexe baveux exhibé. L’exaltation perdure. Réalise t-elle l’incongruité ? Oui, l’instinct réagit enfin. Elle tire le drap pour voiler ses charmes.

La conscience et l’esprit de l’américaine sont complètement déboussolés. Ce sexe arrogant, érigé à deux pas l’hypnotise autant que ce type séduisant en diable qui est beau, grand et fort. Une silhouette de marathonien, déliée, souple, féline mais ce n’est pas tant ce corps d’apparence élégante, autant qu’elle peut en juger, que la pureté des lignes du visage qui fascine Cynthia. L’ovale bien dessiné, les traits aristocratiques, et ces yeux à vous damner forment un ensemble qui pour sûr doit faire des ravages parmi la gent féminine. Un chef d’œuvre rare chez tous les peuples et plus encore en négritude. Bref, un minois d’angelot qui l’éblouit au moins autant sinon plus que l’érection qui ne faiblit pas d’un pouce.

Pour Cynthia, plus rien n’a de sens, plus rien n’existe que l’instant présent et ce type. La jeune femme perçoit assez clairement la situation mais souffre de confusion et son élocution est laborieuse. Dans sa tête, les langues font une salade diabolique. Elle pense en haoussa, croit cogiter du français et ne retrouve pas même sa langue maternelle. Le tout est persillé d’un poil de djerma, de tamashek et d’espagnol qu’elle parle un peu. Au final, elle mastique une cacophonie insensée qu’elle déglutit sans rien dire, sans plus trouver ses mots.

Tout juste put-elle ricaner et jeter quelques phrases et encore lui fallut-il pour cela une concentration inouïe. Une pulsion irrépressible lui donna l’énergie pour se justifier. Il lui était intolérable de passer pour une pute. L’affaire ne fut pas facile tant elle bafouillait. Par après la paralysie la statufia et lui cloua aussi le bec, ce qui ne changea pas grand-chose pour son cas vu qu’elle ne savait plus s’exprimer.

N’empêche que le lascar est chez lui ! Vérité incontestable ! Vérité incontournable ! Le cœur de Cynthia déborde de reconnaissance quand Mamadou propose de partager le lit. L’inconvenance de la situation lui échappe. Totalement ! L’allégresse chasse les miasmes pesants. Le prince charmant réveille Cendrillon. Ce mâle là qui est si beau, la tire de sa catalepsie, lui redonne des couleurs. Les idées s’articulent à nouveau. L’anglais, le français, le haoussa et les autres langues réintègrent leur casier. Son corps ankylosé reprend vie.

Sans fausse pudeur, la jeune américaine se dresse, s’apprête à se vêtir. Stop ! Le compliment fuse qui lui va droit au cœur. L’éloge est bref, court, percutant. L’homme la trouve magnifique et le dit simplement.
-Tu es très belle, articule t-il avec gourmandise en s’extasiant du tableau. Sa peau laiteuse, d’un blanc très pur, resplendit sous la lumière. Les aréoles larges et sombres et les tétons assez volumineux rehaussent encore l’attrait de la poitrine un peu lourde. Le galbe des hanches un peu fortes souligne la finesse de la taille. Le ventre lisse, le pubis sombre, les cuisses pleines disent la volupté et clament l’appel autant que cette vulve dont les lèvres baillent à tout va.

C’est la fête ! Cynthia est flattée, heureuse, qui enfile machinalement sa culotte, son tee-shirt et se faufile dans sa moitié de lit tandis que Mamadou en fait autant de l’autre côté sans même prendre la peine de se vêtir.

Plus tard, Cynthia ne dort toujours pas qui cogite. La situation n’est effectivement pas idéale, qui revient à laisser du chocolat à portée d’une boulimique. Or Cynthia adore le chocolat. Est-elle boulimique ? Sans doute pas, mais que ne ferait-on pas pour ce met de choix. La suite était écrite. Inch’Allah ! Cynthia se lance à l’assaut. Gare à tes fesses, Ô toi, le triste sire qui n’a pas de corones, qui n’a pas les couilles de faire le premier pas.

Ce mâle est une force de la nature, doublé d’un artiste qui la fait tant jouir. Les orgasmes se succèdent à un rythme démentiel. Ils atteignent des intensités jamais égalées qui la propulsent chaque fois en la compagnie des dieux sur les plus hauts sommets de l’Olympe.

Le jour perce au travers des interstices des volets. Les amants ne se décident toujours pas à interrompre les ébats, qui replongent pour un tour. La walkyrie se fait câline, boit le calice, requinque la monture, chevauche le destrier et déploie une énergie phénoménale, qui époustoufle son partenaire dont la vigueur commence à mollir.

Le grand chambardement renseigne les autres, qui suivent en direct les péripéties du rodéo et n’ont pas beaucoup dormi. L’étudiant plus curieux passe le nez incognito dans l’entrebâillement de la porte et rapporte des observations de première main, tandis que les deux autres tirent le nez ou le plongent dans le bol de café. Chez ces deux là, l’amertume est grande qui avaient des visées mais tergiversaient, croyant ce cœur qu’ils guignaient, emprisonné dans un bastion inexpugnable.

Avant les prouesses amoureuses, ils avaient foi en elle qu’ils plaçaient sur un piédestal. Après, Ils abjurent l’icône qu’ils ont un temps vénérée, qui n’est plus qu’une pute, une salope. Le respect envers l’étrangère et l’amie, s’effiloche, se dissout dans le mépris et la convoitise.

La plupart des hommes en Afrique sahélienne qui sont musulmans restent terriblement machistes. Ils ne connaissent guère que deux types de femmes, les mères et les putes. Les autres sont invisibles qui sont de futures mères ou des apprenties putains. En un sens, l’américaine était un cas à part, qui bénéficiait d’une certaine indulgence, d’un classement hors norme du fait de la couleur de sa peau, des origines, des compétences, de sa personnalité mais l’hypocrisie a des limites que l’impudeur fit voler en éclat.

Dans le salon avec les autres, les amants rappliquent qui resplendissent de ce bonheur propre aux couples qui ont assouvi leur passion. Les miasmes et reliefs de leurs ébats les marquent de manière irréfutable mais ils ne songent pas à nier. Mamadou explique succinctement. Cynthia veut malgré tout arrondir les angles. Il lui est pénible de laisser croire qu’elle s’est donnée à un parfait inconnu.
-J’attendais Bilali, précise t-elle naïvement, d’un ton qui laisse penser qu’elle a résolu la quadrature du cercle.
-Tu m’as dit attendre Ahmadou rétorque aussi sec Mamadou, qui a l’esprit beaucoup trop alerte.

Shit ! De quoi se mêle t-il celui là ? « Ina ruwa’nka ? » l’expression haoussa lui est venu à l’esprit qui dit littéralement « où est ton eau ? », et que l’on traduit « en quoi cela te regarde t’il ? ». Les mots ne franchissent pas ses lèvres. A quoi bon ? Brusquement, elle comprend et mesure les dégâts chez Bilali et Ahmadou, qu’elle sait phallocrates, comme ce n’est pas croyable, lesquels affichent des mines renfrognées.

Mille expressions transparaissent sur le visage des deux hommes, la méchanceté, le mépris, la férocité, la mauvaiseté, la convoitise mais rien de très réjouissant pour Cynthia qui scrute et désespère d’y déceler un poil d’indulgence Du coup, son ciel n’est plus si bleu qui s’assombrit sous les nuages qui préludent l’orage. Elle fuit, pour aller s’enfermer dans la salle de bain.

Cette histoire a reçu : 2 commentaires. Ajouter un commentaire.

  1. Super ! Je veux La Gifle (parties 2/3 et 3/3)

    15 Apr 09 at 9:28 #
  2. libertin

    Oui ici aussi nous avons très hate de lire les prochains épisodes

    15 Apr 09 at 18:38 #

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