Dec 20
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Nos amours (Cinquième partie)

Je crus défaillir lorsque, mon angoisse ayant atteint son paroxysme parce que je voyais les dernières danseuses faire leur apparition sans avoir repéré Laurie, je la vis soudain, tout en sourire, tout en beauté, rayonnante, belle à en mourir, exaltée, l’œil vif, le teint frais, débordante de vitalité et d’énergie. Le soleil m’aveugla un moment, sa brûlure me faisant cligner des yeux, et je la vis passer à quelques pas de moi qui manquai défaillir de soulagement et d’un bonheur féroce. En un clin d’œil, le groupe fut au centre du podium et entamait une danse endiablée. Je la mangeais des yeux, accompagnant le moindre de ses mouvements si gracieux, si altiers.

Quelle noblesse dans ces danses sautillantes, où les corps se tiennent si droits, en une attitude presque rigide, mais que compensent si bien la liberté des jambes, la souplesse et la fluidité des bonds répétés sur un rythme soutenu. Et comme la musique, lancinante, obsessionnelle, soutient bien ces ‘saltarelles’ effrénées. Que j’aime cette musique, que j’aime ces musiciens… que j’aime ces danseuses et ces danseurs, que je t’aime Laurie. Oh ! Comme je t’aime. Ma vue se brouilla et je me rendis compte que mes yeux brûlaient : je pleurais à chaudes larmes, comme une enfant en proie à un gros chagrin. N’était-ce pas le cas d’ailleurs ? En ces instants éperdus, j’étais en effet une enfant à qui l’on a arraché son jouet chéri et qui en a le cœur déchiré, une enfant, oh ! Oui, une enfant perdue, abandonnée. Je ne pus retenir plus longtemps les sanglots qui m’étreignaient depuis un bon moment et me sentis toute secouée par un chagrin incoercible. Je me détournai rapidement et m’éloignai, pleurant toutes les larmes de mon corps.

Me revint alors en mémoire, avec une violente précision, le film d’une de nos rencontres, peut-être celle qui m’a le plus profondément marquée. C’était une des rares fois où, disposant d’un temps raisonnable, nous avions pu louer une petite chambre dans un hôtel. À cette époque, juste après les premiers mois où j’avais vécu notre liaison dans l’affolement le plus complet, dans la plus grande dépendance sensuelle et sentimentale, la fougue était quelque peu retombée, un peu à l’instar de cette petite déprime qui survient souvent après un fort orgasme. Je m’étais comme ressaisie, comme réveillée d’un rêve trop beau, trop parfait, utopique, voire dangereux. Je m’étais persuadée que je lui en voulais : je la trouvais trop envahissante, trop omniprésente dans ma vie, aussi avais-je décidé, sur un coup de tête, qu’il était temps de mettre fin à une relation où je n’étais après tout qu’une esclave soumise. J’avais réfléchi aux conséquences désastreuses que pouvait engendrer notre liaison, tant pour sa situation que pour la mienne. J’avais évoqué les dangers auxquels nous nous exposions.

Un sursaut d’orgueil faisait probablement partie aussi du cocktail que je m’apprêtais à lui servir. Je l’avais prévenue par téléphone, l’explication avait été orageuse ! C’était elle qui avait fixé lieu et date de notre rencontre. Arrivée la première, je m’étais composé un personnage résolu, ferme et décidé. Pour qui se prenait-elle, après tout ? Je ne voulais plus n’être qu’un objet entre ses mains, une marionnette à sa discrétion ! Assise dans le fauteuil qui jouxtait le lit, je m’étais choisi un maintien volontaire, jambes croisées, coude sur le genou, menton dans la main, froide et distante, en une attitude résolument fermée. Lorsqu’elle entra, mon cœur se mit à battre la chamade. Mon bras se déplia et je décroisai instinctivement les jambes. Je m’en voulus aussitôt pour ma coupable faiblesse : je perdais donc si facilement contenance! Je serrai les dents et me préparai à l’assaut. Elle eut tout de suite ce petit sourire ironique qui, hier encore, m’aurait ravi et qui, sur le moment me fit enrager.

Elle se dandina légèrement de droite à gauche, s’appuyant sur une jambe, puis sur l’autre, m’observant sans vergogne, me toisant, me jugeant. Je ne pus m’empêcher de constater une nouvelle foi à quel point elle était belle, attirante, désirable, sexy. Le petit diable qui niche en mon cerveau (et dans ma culotte !) s’empressant de programmer le film de nos ébats récents où je me laissais peloter par elle, où je me pâmais sous ses caresses, ou je la voyais frémir d’un plaisir ravageur, où, secouée de spasmes.

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