Nos amours (Quatrième partie)
C’est un coup de fil vérificateur chez Amélie, précisément, qui lui fit découvrir la tromperie. Dûment prévenue, Amélie avait pourtant joué son rôle, mais elle manqua sans soute de désinvolture. Le mari jaloux ne fut pas dupe de l’explication d’Amélie qui prétendit que Laurie venait de l’appeler sous prétexte d’un rendez-vous oublié. Manquant de preuve formelle, il ne put toutefois qu’intimider son épouse en la menaçant de demander le divorce. Le coup fut rude et, paniquée, la mort dans l’âme, Nolwenn m’annonça, en larmes, que nous devrions espacer nos rencontres clandestines, voire y renoncer. Je devais comprendre : son ménage, même bancal, représentait l’indispensable sécurité.
Elle ne pouvait s’exposer davantage, mettre plus longtemps en péril ses moyens d’existence ni, surtout, la sécurité et le bien-être de ses deux enfants encore en bas âge. Bien consciente de la nature du risque et de l’enjeu, je me fis violence et, déchirée, malade de douleur, je me résignai à m’éloigner de celle que j’adorais. C’est d’ailleurs précisément en ces instants de séparation que je réalisai à quel point je l’aimais, à quel degré j’en étais dépendante, à tous égards. Mais elle n’avait pas la chance d’avoir un mari aussi régulièrement absent que le mien et, de surcroît, aussi confiant. Les premiers temps, je pleurais sans cesse, sursautant au moindre appel téléphonique, me précipitant vers la porte au moindre coup de sonnette dans l’espoir, toujours déçu, de sa visite. Les réunions où nous étions en présence étaient devenues de véritables séances de torture et, très vite, je préférai y renoncer.
Les appels téléphoniques, éplorés, passionnés, des premières semaines, trop douloureux, trop frustrants, finirent par s’espacer pour disparaître également. Je mouillais pourtant comme une folle dès que j’entendais sa voix, si légère, si envoûtante, me lancer un trop désinvolte et pas du tout convaincant : « Coucou, ma chérie, c’est moi !tout va bien !»Je crois qu’elle devait se rendre compte que je me touchais pendant nos appels, parce qu’elle s’interrompait souvent, me questionnant : « ça va?… tu te sens bien ? » Je répondais « Oui, oui, je suis juste un peu essoufflée, ma chérie. » pendant que mon corps hurlait son désir, sa frustration de ne plus l’avoir près de moi, sur moi, en moi.
Et puis, nécessité fit loi et le temps son œuvre : je me résignai, non sans une immense amertume à renoncer à Laurie, à ne plus la voir. Deux longues années passèrent, deux années au cours desquelles je me suis offerte quelques amants et… Julie.
Et puis me revinrent en mémoire les images de la fameuse fête annuelle. Jusque-là, je m’étais contentée de revoir Laurie, en pensée, sautiller sa danse avec cette grâce qui la caractérise, cette fougue qui la rend si belle, si attachante. Brusquement, je me suis décidée à replonger une ultime fois dans son univers, me nourrir d’un petit morceau de sa présence, me remplir de quelques images dérisoires, douloureuses sans doute, mais dont j’avais, je le sentais bien, un besoin viscéral, impérieux. Allons, c’était dit : j’irais revoir mon cher amour, ma Laurie qui palpitait encore en moi ! Après une courte pause, les musiciens entamèrent un air de danse, le moment approchait ! Je savais que le groupe de danseurs et de danseuses allait faire son entrée, une entrée sautillante, souple et tonique. Mon cœur se mit à battre la chamade lorsque, sous les applaudissements d’un public devenu fort nombreux, les premiers danseurs arrivèrent, mi-courant, mi-sautant. Qu’ils étaient fringants dans leurs costumes traditionnels, avec leurs pantalons bouffants et leurs gilets étroits, leurs chapeaux de paille ronds, rehaussés de rubans noirs leur tombant dans la nuque.
Je fus prise d’une angoisse soudaine qui me noua le ventre et me glaça le sang dans les veines, malgré la chaleur étouffante : et si elle n’était pas là ? Rien ne me garantissait qu’elle soit présente, comme les années précédentes. Il lui était arrivé de ne pas participer à la fête annuelle, je m’en souvins sur le coup. Mais les filles faisaient leur entrée à présent : elles accouraient, bondissantes, fraîches et souriantes, si jolies dans leurs beaux atours. Mon cœur cognait à tout rompre dans ma poitrine, j’étais éperdue, la tête me tournait.
Envoyé dans histoire érotique
Postée le sam, 19 décembre 2009 à 18:58
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