Dec 22
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Nos amours (Septième partie)

« Oui, c’est ça, branle-toi ! Excite-toi sur mes doigts. Tu vois que tu aimes ça ! Tu es vraiment une sacrée cochonne, ma fille ! Tu as de la chance que j’aime ça aussi ! ». Fustigée, j’accélérai le rythme, cherchant à m’empaler le plus profondément possible, rageusement, sur ces doigts qui ne me pénétraient pas suffisamment, qui me laissaient pantelante et tellement en désir. « Je suis à toi », arrivai-je à articuler d’une petite voix qui commençait à filer dans l’aigu. C’était ce qu’elle voulait. Elle acheva de savourer son triomphe en s’emparant de mes fesses pour l’attirer à elle.

Elle me roula alors une pelle somptueuse comme elle savait si bien en prodiguer, avant de me jeter sur le lit qui émit un gémissement comique. Elle eut vite fait d’arracher tous mes vêtements. Elle se mit à pétrir mes seins avec fougue, les malmenant, les écrasant l’un sur l’autre, étirant les bouts, les secouant, les giflant. « Et ça, tu aimes aussi, hein ? » J’étais redevenue sa chose, son objet, sa propriété, son esclave, sa cochonne à elle ! Je fus prise d’une panique rétrospective à l’idée que mes stupides velléités auraient bien pu me conduire au désastre. L’idée de la perdre me semblait à présent insupportable. Je l’avais échappé belle. M’étant ressaisie, je me mouchai le nez puis m’essuyai les yeux avant de chausser à nouveau mes énormes lunettes solaires et de retourner me mêler aux villageois si heureux, si enthousiastes.

Je me remplis des images merveilleuses de ces corps bondissants au son des binious et, bien entendu, je me sentis défaillir à la vue du bonheur et de la joie que vivait si intensément Laurie. Elle m’apparut comme dans une bulle, éloignée de tout, débranchée du réel. J’en avais assez vu, assez enduré ; j’avais fait le plein d’émotions. Je décidai de m’en retourner, le cœur gros, l’âme en détresse, mais toute remplie d’images fraîches de celle qui palpitait encore si fort en moi. Avant de reprendre la route, je décidai de m’offrir un rafraîchissement, ce qui, vu la canicule, n’était guère un luxe. J’aperçus le groupe des danseuses et des danseurs quitter le podium. Mais je n’écoutai plus avec la même attention, la musique ne m’était plus, en ces instants douloureux, qu’un cruel ressac. Comme pour faire écho à mon état d’âme, le ciel, soudain, s’assombrit. Pas de doute: nous allions avoir droit à un bel orage. Quelques minutes plus tard en effet, les premières gouttes s’écrasaient sur le pavé.

Il était grand temps de rejoindre ma voiture sous peine de devoir attendre une accalmie. Je me lançai donc sur les pavés déjà glissants et trottai en direction de mon véhicule. La distance n’était pas bien grande et je fus vite rendue. J’allais glisser la clé dans la serrure lorsque j’aperçus, sous l’essuie-glace, visiblement glissée à la hâte, une feuille de papier pliée. Il ne s’agissait pas d’une quelconque publicité mais d’un billet manuscrit. Le cœur battant, je dégageai le feuillet pour constater que, totalement trempé, il était illisible : de longues traînées bleuâtres se mélangeaient à la surface ramollie de la feuille qui n’allait pas tarder à s’effriter. Qui avait bien pu me laisser un mot ? Le pharmacien peut-être, ou un quelconque riverain qui avait dû considérer que mon véhicule était rangé à un emplacement gênant. Quoi qu’il ait pu en être, la chose demeurerait sans conséquence puisque j’allais quitter pour toujours ce lieu qui resterait à jamais présent dans mon cœur.

J’ôtai mes lunettes de soleil désormais bien inutiles et, après avoir poussé un profond soupir, démarrai puis engageai ma voiture sur la route. Une larme de bonheur était tombée sur la feuille, brouillant un mot. Signe prémonitoire du sort réservé à la brûlante missive. Quelques minutes après qu’elle se fût, à regret, remise en route, un client appela pour décommander la chambre qu’une heure plus tard Laurie vint occuper. Si elle avait pu se douter.

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