déc 18
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Nos amours (Troisième partie)

Nous étions toutes deux mariées, ce qui n’était évidemment pas de nature à simplifier les choses. Il m’avait semblé, pourtant, qu’elle avait daigné jeter sur moi un regard qui ne m’avait pas paru indifférent. Mais je mis cette impression sur le compte de l’envie que j’avais que cela fût vrai ! C’est donc toute noué d’une insurmontable angoisse que je la revis. Assez rapidement une franche complicité s’installa. Nous ressentions les choses de la même manière, elle était tout simplement brillante, pleine d’esprit et d’une humeur ravageur. Nous décidâmes de nous revoir, au milieu de cercles d’amis d’abord puis, lors d’un voyage de son homme d’affaires de mari, en tête à tête au restaurant. C’est ce soir-là débuta notre tumultueuse liaison.

Le lendemain, euphorique, je m’étais exclamée, à l’instar d’une enfant choyée : « Elle s’appelle Laurie»
Je l’aimais comme jamais encore je n’avais aimé : à en perdre la tête, le souffle, le sens commun, la notion du temps, le boire et le manger. J’en devins vite totalement dépendante, elle était devenue ma drogue, ma raison d’être, mon bonheur, ma vie même ! Effrayée par l’intensité de ma passion, j’avais bien tenté de m’en délivrer en provoquant une salutaire rupture. Mais je n’y parvins pas, et après cette vaine tentative, ce fut bien pire : je l’avais dans la peau, j’avais tout le temps envie d’elle, qu’elle me regarde, qu’elle me désire, qu’elle me dévête avec sauvagerie comme elle aimait à le faire, qu’elle me baise, qu’elle me maltraite, qu’elle fasse de moi son objet sexuel. Pour la voir jouir, pour lui donner du bonheur, pour la gâter, pour lui procurer ce plaisir aigu que nous recherchions sans cesse, j’aurais fait n’importe quoi ! J’en étais bleue, gaga, maboule. Et je tremblais à l’idée que ce miracle prît fin.

C’est que les choses n’étaient guère simples et nous devions déployer des trésors d’ingéniosité pour pouvoir nous retrouver dans le plus grand secret, et non sans avoir pris mille précautions afin de ne pas alarmer nos maris. Le plus souvent, nous abritions nos amours coupables, à la sauvette, dans des lieux insolites tels des aires d’arrêt d’autoroute quand nous ne disposions que de peu de temps, ce qui était le plus fréquent. Mais cette angoisse, ce sentiment de braver les interdits, de piétiner la bienséance et de bafouer la loyauté conjugale, le danger aussi d’être découvertes, tout cela ajoutait un piment particulier à nos rencontres. Les amours clandestines ont un goût particulier que n’ont pas les amours ordinaires que leur légitimé ensommeille bien vite. Nous nous appelions sans cesse au téléphone et nous susurrions, en pouffant, des propos coquins, avant de nous promettre des caresses inédites et de nous avouer nos désirs du moment. Combien de fois ne me suis-je pas masturbée comme une collégienne, le portable encastré sous le menton, la jupe relevée, les yeux révulsés, me tripotant un sein et me pénétrant sans vergogne, tout occupée à savourer les propos de plus en plus graveleux que Laurie m’adressait ? Nous étions devenues deux vraies cochonnes.

Nos étreintes étaient bien vite passées du simple assouvissement d’un désir impérieux, inspiré par une attirance profonde, à une recherche frénétique de dépassement de soi, une sorte de quête d’absolu. À la tendresse respectueuse des premiers ébats, si émouvants, si attentionnés, avait fait place une sorte de boulimie sexuelle, une sauvagerie tout animale, une envie de se dévorer, de s’absorber, de fusionner. Mon corps avait, hélas ! Le temps de se remettre de ces étreintes passionnées qui laissaient ma chair délicieusement meurtrie, mon âme en désordre et mes sens en folie. Nous ne nous voyions que bien trop rarement à notre goût, ce qui ne manquait pas, précisément, de nous transformer en furies lorsque s’offrait enfin l’une ou l’autre occasion de nous jeter l’une sur l’autre. Et puis survint l’inévitable : le mari de Laurie finit par s’inquiéter des absences de sa femme. Assez méfiant de nature, il se posa mille questions quant à la nervosité qu’affichait sa chère et tendre lorsqu’elle se préparait à ce rendez-vous chez son médecin-conseil ou à sa réunion ‘Tupperware ’ avec les femmes du quartier, ou à une visite chez son amie Amélie qu’elle n’appréciait pourtant pas au point de la fréquenter aussi souvent.

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