Pérégrinations scatologiques
Pérégrinations scatologiques
Méphistophélès tendait son piége à l’aube, qui s’arrangeait pour truffer ma destinée de déviances infâmes et autres bestialités. Le sophiste embobinait Poséidon, lequel abusé, me frappait de la malédiction qui suscitait chez moi l’amour pour le danois comme il avait fait avec Pasiphaé qui s’entichait du taureau blanc. Ma fortune ne peut pas être honteuse qui est manipulée par si illustres autorités. Avant ce jour, je n’aurais pas parié un kopek sur mes appétits zoophiles. Mon aventure bestiale n’était pas du tout préméditée. C’est Satan qui postait le dogue en embuscade sur mon chemin. Ô âmes pures ! Nobles gens ! Passez votre chemin. Ne lisez pas ces lignes. Le récit que j’y fais est celui de mes errements et du plaisir que j’y prenais.
Hérodote témoigne de semblables coutumes dont la pratique est fréquente en Grèce, en Asie, à Rome et en Egypte. Les femmes de Chemnis dans le delta, ne s’enfermaient-elles pas avec Mendés le bouc sacré, effigie du dieu Pan, dans le but d’accomplir l’acte générateur. Le premier homme lui-même sacrifiait à la bestialité « Yebamoth 63a, cite qu’Adam avait des rapports sexuels avec tous les animaux dans le Jardin d’Eden. » C’est écrit dans le Talmud babylonien. Existe t’il une référence moins frivole ?
Kinsey rapporte qu’environ dix pour cent des américains hommes et femmes confondus, ont connu au moins une fois dans leur vie une expérience sexuelle avec les animaux. La pratique en Europe serait-elle seulement moitié moindre que c’est déjà une population considérable. C’est dire la foule qui serait mise à l’encan si nos inclinations étaient connues. Qui préside l’inquisition ? Mon égarement ne peut pas être si abject qu’on le dit qui est partagé par tant de monde. Les homosexuels ne sont guère plus qui ont désormais droit de cité. Pourquoi diable ai-je besoin de me justifier ?
Le jour se levait à peine. Germaine devait guetter, qui m’alpaguait dans l’escalier et m’introduisait chez Madame, veuve du général de Machin Chose, laquelle me quémandait, disait-elle avec sa voix de fausset. Les deux vieilles savaient y faire qui m’emberlificotaient de belles manières. Les hypocrites ne m’avaient rien dit qui me confiaient la chienne, mais taisaient les chaleurs.
-Ah ! Ma petite Annie, Germaine et moi sommes trop vieilles. Il est temps pour nous de quitter cette terre, se lamentait-elle en préalable. Bien évidemment, j’acceptais de balader sa Rita mais mon footing était foutu. Pouvais-je lui expliquer ? Non bien sûr. Imparable ! Que n’ai-je soupçonné le traquenard satanique ? J’étais aveugle. J’embarquais la bête.
C’était bien une femelle ! Elle tirait sur sa laisse et lorgnait du côté du mâle qui nous collait obstinément depuis que nous avions franchi la porte de l’immeuble. Il me revenait le souvenir d’une cohorte de chiens semblablement appâtés qui faisait le siége chez ma tante. L’un de ceux là était resté coincé dans la chatière. C’était il y avait longtemps. Entre-temps ma mère s’était tirée et depuis tout partait en couille. Diable, diable, diable ! Ma mécanique cérébrale grippait souvent. Du clébard piégé je dérivais aux jérémiades. L’évocation joyeuse tournait à l’aigre. Stop, stop, stop ! Je chassais les sombres pensées et calais mon humeur au beau fixe à l’instar de la météo.
On annonçait une journée radieuse. Le ciel était clair. La lumière du jour prenait son éclat. L’air est plus pur et la quiétude vraiment ensorceleuse durant ces moments quand le jour pointe et que la ville est encore endormie. Ces trésors tombent en partage pour les gens qui se lèvent tôt. J’étais fille du matin par hérédité. Mon père m’en avait donné le goût, qui m’emmenait à l’aube randonner dans les monts du Cantal. Il démystifiait les sortilèges et déchiffrait pour moi les messages portés par les volutes de vapeurs qui montaient dans la fraîcheur du jour naissant comme une haleine impalpable depuis le fond des gorges et des vallées. A Paris, les petits matins ne sont pas moins magiques quand le jour mégote encore ses effets avant que les langueurs de la nuit ne se dissipent.
Comme d’ordinaire à cette heure matinale, les rues étaient désertes. La chienne et moi ainsi que le galant qui s’accrochait à nos basques, bifurquions en direction du cimetière de Saint Ouen. Je manigançais le moyen de semer l’importun qui nous collait. Une sorte de chatière en quelque sorte. C’était moins l’irritation que le jeu qui motivait mon action. Je connaissais une petite entrée qui donnait sur une venelle proche de la rue Adrien-Lesesne. Autant le dire de suite, mon stratagème faisait long feu. Le coquin trouvait une autre entrée et retrouvait nos traces. Contre toute logique, j’en étais presque heureuse. Je l’aimais bien ce mâle. Son obstination me le rendait encore plus sympathique.
Le chien ne rappliquait pas seul qui rameutait du renfort. Et un sacré renfort ! Un colosse beaucoup plus lourd et bien plus puissant qu’il n’était. Le molosse n’était pas un quelconque vagabond. C’était un grand danois à la robe arlequin. Son poil ras luisait dans la lumière. Comme tous ceux de sa famille il portait haut ses couleurs d’aristocrate. Le tableau des deux chiens si dissemblables était cocasse. Monsieur le Comte et le clochard. Je me marrais toute seule. Le thème était porteur. J’imaginais un scénario pittoresque. Mon hilarité redoublait.
Ce nouveau venu m’intriguait. Il avait vraiment fière allure celui-ci, qui était manifestement soigné et pas du tout à l’image de l’autre corniaud qui portait plutôt bien le costume du chien errant. Les pattes très hautes et le ventre creux donnaient une silhouette élancée. La démarche était élégante. Sa tête qu’il dressait avec panache était fermement ciselée, presque anguleuse. Son regard brillait d’intelligence. Il se montrait affectueux. J’avais plaisir à le caresser. Paradoxalement il ne manifestait aucun intérêt pour la chienne. Il me fêtait moi. Point ! Pour Rita ? Rien ! Pas même un regard ! J’en étais sottement flattée.
Ma gloire n’impressionnait que moi. Ma compagne ne s’en formalisait pas qui ne voyait pas plus ma suffisance que l’indifférence du molosse. Elle n’avait d’yeux que pour son soupirant lequel lui faisait des mamours et reniflait sa moule, tout en surveillant mes réactions du coin de l’œil. Celui-là n’était pas si confiant qui restait sur ses gardes. Il avait tort, je ne lui voulais pas de mal. Je comprenais que la nature dictait sa loi. Pour autant je savais qu’à un moment donné il me fallait interdire la saillie par égard pour la veuve. L’obligation ne m’enchantait pas mais je me promettais néanmoins d’intervenir au moment opportun. Je laissais faire tant que les amoureux s’en tenaient aux prémisses.
Existait-il un risque qu’un visiteur hypothétique soit choqué par tant d’exubérance en ce lieu de recueillement ? Sur le principe peut-être, mais en pratique le risque était faible parce que l’éventualité d’une visite à cette heure matinale était hautement improbable. Au demeurant on peut se demander pourquoi la joie n’aurait pas droit de cité chez les morts. Quoi qu’il en soit, nous, nous ne faisions que passer en ce lieu d’éternité. Toujours était-il que le fait était qu’une joyeuse bande parcourait les allées. Le dogue et moi batifolions en tête de cortége tandis que les deux autres marivaudaient en bout de laisse. Notre chorégraphie ne manquait pas de style mais ma conduite laissait à désirer.
Je ne m’y retrouvais toujours pas. Avant comme après c’était pareil. Les mâles n’y changeaient rien. Nous tournions toujours en rond. J’étais irrémédiablement perdue et totalement désorientée dans cet immense champ de croix qui s’étendait à perte de vue. L’endroit n’était cependant pas aussi minéral qu’il y paraissait. Des îlots de verdure subsistaient ici et là qui donnaient l’espoir d’un repère. La végétation frémissait d’aise qui habillait de verts tendres les marronniers, les érables et les tilleuls. Le feuillage restait encore un peu frileux mais on sentait qu’il s’épanouirait bientôt pour mieux se gorger du soleil d’été.
Pour sûr, ce n’était pas le hasard ni la chance mais le diable, qui faisait que je tombais sur un panneau d’orientation, érigé tout à côté des poubelles et c’était encore lui qui faisait en sorte que la chienne m’échappait quand j’étais distraite, absorbée que j’étais par le calcul de notre itinéraire. Les deux chiens filaient d’une traite mais n’allaient pas loin qui restaient piégés dans un enclos niché à deux pas derrière les poubelles.
La pente qui dominait la voie ferrée était aménagée et entretenue. Le sol était gazonné. Une haute clôture grillagée doublée d’une haie végétale passablement ajourée interdisait le passage vers les voies du chemin de fer. Une haie beaucoup plus dense et continue marquait l’arête supérieure en lisière avec le cimetière. Deux érables vénérables trônaient à mi pente, qui délimitaient un méplat sur lequel avait été bâtie une œuvre décorative.
C’était une sorte de muret étroit à formes géométriques. Les pierres étaient apparemment assemblées sans mortier ce qui donnait cette esthétique particulière aux constructions anciennes. Un angle obtus cassait le développement en coupe horizontale tandis que la coupe verticale affichait une ligne de crête discontinue. Une première partie épousait une pente rectiligne très prononcée vers l’extérieur. La pointe à l’intérieur culminait à un peu plus que ma hauteur. La chute était absolument verticale qui tombait sur la deuxième partie laquelle était linéaire, horizontale et bâtie à faible hauteur si bien q’on pouvait s’en servir de siége à condition de se hausser un peu.
Est-ce à dire que le concepteur avait prévu cet usage ? Ce serait faire injure à l’artiste. L’œuvre méritait mieux mais rien n’interdisait de l’utiliser comme bon semblait, le temps de se lasser à regarder passer les trains ou pour compter les voitures ou bien pour s’ébaudir du cours de ces destins qu’on devinait derrière les fenêtres des wagons. Le divertissement plagiait l’effet des lanternes magiques qui déroulent les séquences de dessins animés. Ce défilé de tranches de vie pouvait être captivant l’espace d’un instant. D’autres y verraient plutôt une sorte de cinéma muet avec le vacarme du trafic ferroviaire en fond sonore.
En dépit du tintamarre, l’endroit respirait une certaine sérénité. Les haies de thuyas formaient une protection, laquelle était sans doute illusoire mais c’était suffisant pour susciter ce sentiment d’intimité et de quiétude qu’on ressent quand on se croit à l’abri des regards. Le tumulte des rames qui passaient tout prêt, n’était pas sensiblement amorti mais on avait malgré tout l’impression que le bruit était filtré parce que la dentelle végétale défigurait l’image du monstre de fer à l’exemple d’un kaléidoscope. Comment ce jeu d’illusionnisme affectait-il les décibels ? Cela dépassait l’entendement ce qui signait autant que le reste, le complot orchestré de main machiavélique. Qui d’autre que le démon pouvait ainsi manipuler l’acoustique ? Les emplacements d’arbres morts ouvraient des fenêtres béantes entre les deux univers et il en résultaient des effets sonores du plus effet qui faisait qu’au final tout ce boucan portait une étrange harmonie qui le rendait plus supportable.
Les chiens folâtraient sous les érables prés du muret en pierres. Ils filaient plus loin et menaçaient de me déborder par les ailes quand je m’approchais davantage. Les cabots étaient bien plus agiles que je n’étais d’autant qu’il ne m’était pas facile de manoeuvrer tant la pente était forte. Choix cornélien ! Les garder sous la main quitte à les laisser queuter peinards ou bien risquer qu’ils déguerpissent vers le grand large où ils ne feraient pas moins. Je me voyais en train de rapporter mes déboires à la vieille. Où est ma Rita ? Prudente, j’optais pour la première option et prenais ma garde juchée sur le muret, lequel était idéalement situé, ce qui me laissait l’espoir de leur barrer la route si d’aventure il leur venait l’envie de me fausser compagnie. Ils avaient d’autres idées et ne faisaient plus cas de moi. J’avais du remord pour la veuve mais à l’impossible nul n’est tenu. Au demeurant, la douairière portait aussi sa part de responsabilité qui ne me signalait pas les chaleurs. Oui da ! La vieille se débrouillerait avec la nichée. Quand il m’était profitable, je savais évacuer les sujets casse-tête, qui emmerde et donne la migraine.
Le spectacle de l’accouplement ne me laissait pas insensible qui exaspérait mes frustrations. Cela faisait des mois que moi je n’avais pas baisé. Jacques, mon compagnon, était impuissant. Il payait un marabout mais les potions du charlatan étaient inefficaces. Le viagra pareil. La quéquette ne montait pas. Bernique ! Rien ! En place il me fourrait dans la panse ses godemichés inertes et froids. Tu parles d’un ersatz ! Ça va un temps ! Des mois d’abstinence pour une fille de mon tempérament, cela frisait l’exploit.
Depuis quelques temps, ce n’était plus aussi facile. La tyrannie des sens reprenait du pouvoir avec l’arrivée du printemps. Mes seins avaient gonflés. Mes hanches s’arrondissaient. Mes attitudes devenaient plus lascives. Ma voie même muait qui portait des sonorités plus aguicheuses. Autant de signes qui ne trompaient pas, disait ma mère qui n’avait pas sa pareille pour détecter les indices et qui n’était pas peu fière de prédire le temps des amours. Où était-elle ? Son souvenir affleurait de temps en temps. Elle, elle aurait compris les désirs qui me tourmentaient. Mes phéromones clamaient l’appel à tout va et je n’y pouvais rien.
Le démon envenimait mon cas, qui multipliait les tentations. Tous les jours des types me draguaient. Un jour c’était le cabaretier chez lequel je portais le pain, qui voulait me sauter. Le lendemain le séduisant représentant en farine me faisait un rentre dedans pas possible. Le surlendemain le jeune mitron se réveillait qui me faisait du gringue. Sans parler des voisins sénégalais que je recevais et qui seraient bien rester. Tous ces types qui voulaient me baiser pressentaient ma fièvre mieux que moi qui m’aveuglais pour ne pas voir la braise qui couvait.
Le diable se glissait dans la peau du Mistigri et se jouait de moi, qui m’allumait les sangs et déchaînait mes sens. Pauvre de moi ! Pauvre petite souris ! Pourquoi m’avait-il choisie moi parmi tant d’autres ? Présumait-il mes prédispositions au regard d’une hérédité chargée ? Dans ce cas la besogne était mâchée. Mon père ne répétait-il pas que je tenais de ma mère et ma grand-mère maternelle lesquelles selon lui étaient toutes deux des chaudes lapines qui avaient le feu au cul. Il puisait volontiers dans son bestiaire les comparatifs imagés pour caractériser la lignée. Il arrivait qu’il me traite de chienne quand il soupçonnait mon inconduite.
Ouais ! En l’occurrence l’évocation sonnait juste, sauf que moi je faisais ceinture tandis que ma compagne goûtait à la félicité. Les picotements caractéristiques aiguillonnaient mon bas ventre. J’avais envie de me toucher. C’était ma manière de conjurer mon sort. Je glissais la main dans mon short et plongeais l’index dans ma fente.
Sur ces entrefaites, le danois se rappelait à mon souvenir qui me léchait l’entrecuisse ouvert. Je le flattais de ma main libre. Il se croyait sans doute encouragé. Toujours était-il qu’il se dressait, les pattes avant en appui sur le muret et badigeonnait mon visage à l’aide d’une langue visqueuse. Les effusions me prenaient par surprise tout autant que ce sexe énorme qui bavait sur mes cuisses nues. Ouah ! J’en oubliais la langue. Ouah ! Pas croyable ! Le dogue en pinçait pour moi. Pour moi ? Oui, Oui, pour moi ! Inimaginable ! Ouah ! Comment était-ce possible ? La fée Carabosse sévissait encore.
Tout d’un coup, j’étais vraiment une chienne. Mon père avait raison. La tentation ! Une pulsion ! La poussée du désir annihilait ma raison. Le besoin de toucher était plus fort. Le pénis écarlate et chaud palpitait dans ma main. Le dogue s’offrait à la caresse. J’oeuvrais avec précaution. La turgescence continuait à grossir. Le noeud à la base de la hampe sortait du fourreau. Il y avait très longtemps que je n’avais pas tripoté un sexe en érection. Avais-je oublié ? Ce machin me semblait plus dur, plus gros, plus long que tous ceux des hommes que j’avais connus. J’en perdais la tête. Je me laissais couler au sol et entreprenais de lécher sa bite, d’abord sur la pointe et ensuite sur toute sa longueur. Il semblait apprécier et écrasait son arrière-train pour me faciliter la tâche.
Son enthousiasme ravivait le mien, j’approfondissais la mise en bouche et décidais de le sucer franchement. Dès que je me mettais à pomper, il éjaculait un liquide légèrement salé qui s’écoulait en petites quantités, mais de façon ininterrompue. Un peu plus tard, le jet s’intensifiait. Ma bouche débordait de semence. Je bavais et finalement lâchais prise. Je recevais du sperme sur le visage, les cheveux et mes vêtements. Folle ! J’étais folle. Je me dévêtais. J’étais nue et m’allongeais sur le dos, cuisses ouvertes, à l’extrémité du muret de telle sorte que mon minou était offert aux caresses linguales.
L’animal ! Il n’était pas novice. Il s’y connaissait qui me léchait la chatte en longues lapées visqueuses. Ma vulve regorgeait la salive et mes humeurs tant il mettait d’ardeur à travailler mon sexe. Il appuyait la truffe contre mes lèvres et explorait de sa langue les moindres recoins de mon minou. Il en faisait autant avec mon petit trou quand je redressais les cuisses et tendais la lune pour le lui présenter. La sensation était divine. Je me surprenais à émettre des jappements étouffés alors que des frémissements voluptueux secouaient mon périnée et remontaient mon échine. Un premier orgasme m’emportait et je me trouvais à l’orée d’un second quand il me montait.
Consternation ! D’un seul coup l’atmosphère éthérée se condensait en un carcan qui pesait la tonne. Une griffe m’avait lardée le flanc gauche dont je sentais la morsure. Le changement d’univers était brutal. Le ciel étoilé s’assombrissait. Triste réalité ! Ce serait mensonge de prétendre que l’idée de copuler avec le chien ne m’avait pas effleurée. C’était beaucoup plus la crainte que la honte qui me dissuadait. Le risque d’une mauvaise rencontre me souciait moins que le danger d’être éventrée, qui me semblait tout à fait considérable. Le bestiau était costaud et monstrueusement doté.
Mes réflexions trouvaient un dénouement tout à fait inattendu quand le quintal d’os et de muscle, ou peu s’en faut, me tombaient sur le bide. Il m’écrasait la poitrine. Les pattes pressaient mes cotes. Bien beau que les griffes ne m’aient pas sérieusement blessée. Sa masse m’immobilisait. Il haletait gueule ouverte face à mon museau. Je comptais les crocs. L’écume moussait aux commissures. Sa langue pendait. La bave dégoulinait sur mon nez et ma bouche. Son œil que j’apercevais brillait de malice. Son pénis chatouillait mon sexe. La pointe de son dard caressait les lèvres de ma chatte trempée.
Pour sûr la bête était expérimentée qui avait déjà du baiser avec une femelle humaine. Cette conviction arbitraire prenait forme malgré moi alors même que j’étais moi-même inexpérimentée. D’emblée le mâle prenait ses appuis et trouvait ses marques. Je réalisais que ce cabot allait me mettre ! Pas possible ! Son engin démesuré dans mon petit conillon ! Impossible ! Mon fantasme prenait des allures de cauchemar. La panique me gagnait. Je cherchais à le basculer sur le côté. En vain ! Il ne vacillait même pas, solidement campé qu’il était sur ses pattes arrière. Je gesticulais sans parvenir à me dégager. Les pierres meurtrissaient mes chairs. Je tremblais de peur et sanglotais ma résignation.
Le mâle amorçait la saillie. Je sentais la pointe chaude de son pénis qui pénétrait ma vulve. Son membre continuait d’avancer dans mon vagin. Pas de déchirure ! Pas de douleur ! L’organe apportait chaleur et vie dans mon ventre. Magie démoniaque ! Mes craintes se dissipaient. Un instinct lubrique s’emparait de mon corps. Je relevais les cuisses et les écartais autant que je pouvais pour lui faciliter la tâche. Je m’agrippais à ses flancs en vue de fusionner nos énergies pour cette union homérique. A petits coups de reins nerveux, je poussais mon bassin à l’assaut sans plus craindre de m’empaler. L’enthousiasme du dogue s’en trouvait singulièrement raffermi.
Le bougre précipitait la pénétration. Il activait les bourrades et accélérait de plus en plus la cadence. Je m’évertuais à le suivre puis capitulais complètement groggy. Quel punch ! Il pilonnait toujours. Il me défonçait à un rythme effréné. L’extrémité pointue de son sexe labourait mes entrailles. Il me bavait sur le visage et mordillait ma joue ou mon oreille. Je mordais mes lèvres pour étouffer mes cris mais la tâche était impossible tant je ahanais et gémissais au rythme des coups si bien que des glapissements stridents m’échappaient malgré tout que je ne savais pas réprimer. Les humeurs jutaient partout qui poissaient mon pelage et mon épiderme – la confusion gagnait qui faisait que je ne savais plus très bien ce que j’étais ni où j’en étais – aussi bien que mon museau, ma truffe, ma gueule, mes mamelles, mon bide, mes cuisses et mes jarrets, et jusqu’à mes baskets qui s’emplissaient de lymphes visqueuses. Les sucs empruntaient la rigole naturelle entre les fesses et engluaient mon arrière train.
Le diable ! C’était le diable en personne qui me baisait. Il oeuvrait des jours et des nuits ou peut-être un peu moins mais c’est vrai qu’il accélérait encore et tenait un tempo endiablé. Il travaillait longtemps, très longtemps. Aucun des hommes que j’avais connu ne pouvait rivaliser. L’énergie déployée par ce dogue était mille fois supérieure à mes attentes. Mon sexe souffrait une mortification jouissive. La souffrance était mon plaisir. Une salve d’orgasmes me catapultait dans l’espace étoilé. Là haut ! Tout là haut ! Je planais étoile parmi les étoiles au coeur de la voie lactée. A terre ! Je gueulais sans plus me soucier d’être entendue parce que je n’en pouvais plus. Ce dédoublement vérifiait tout à fait un phénomène prédit par les équations de la physique quantique. Et dire que je ne connaissais pas même le nom de cet étalon.
Je croyais qu’il avait fini, que mon minou avait tout avalé de ce sexe colossal. Erreur ! D’une ultime poussée il enfonçait son membre titanesque jusqu’à la garde. Ses balloches écrasaient mes lèvres. Je comprenais trop tard. Son nœud avait pénétré et commençait à distendre les parois du vagin. J’essayais de me soustraire mais ce n’était déjà plus possible. Je connaissais cette particularité de nos amis canins dont les couples restent liés afin de favoriser une meilleure imprégnation spermatique. Nous étions bel et bien collés. Son nœud continuait à se dilater. Dans le même temps, mes vasoconstricteurs s’affolaient qui contractaient mes muscles de manière compulsive au point que mon vagin épousait intimement le membre autant que le nœud et bétonnait le lien.
Cette réaction instinctive autant qu’irrationnelle que je ressentais intimement jusque dans mes tripes me désorientait. Je ne savais pas la contrer. Je ne crois pas que j’en avais l’envie. Cette sensation était tellement nouvelle, omniprésente et si brûlante que j’avais l’impression que du métal en fusion dissolvait nos sexes dans un creuset diabolique. Ma raison si tant est qu’il en restait encore, se noyait dans ce magma. Les choses les plus insensées ne m’effrayaient pas. Plus ou moins consciemment je bénissais le lien et le voulais forgé dans un métal indestructible. Où était la logique ? Je n’en avais plus non plus. Le temps aussi était suspendu qui s’annihilait dans un espace de félicité incommensurable comme une sorte de big-bang du plaisir insensé.
En revanche mon instinct bestial était intact. Mon conillon tétait la bite comme un veau avide de lait. Le membre crachait son sperme à jets puissants. La semence éclaboussait mes entrailles. Tous mes sens étaient à l’affût des interactions qui accouchaient dans ce chaudron démoniaque. La chaleur amollissait mon corps. Je jouissais. Le dogue pompait doucement. Le membre crachait encore. Cet orgasme là m’anéantissait. Ce chien comblait mes désirs au-delà de toutes espérances. Plaisirs et tourments combinaient leurs oscillations pour produire une onde dévastatrice dont la fréquence exaltait mon hystérie. L’explosion des sens me propulsait au-delà du Centaure. Cette constellation magnifique, dont l’éclat émerveille les chimères.
Ô enfant de Phillyre ! Holà Chiron ! Holà Cousin ! Ma mère est sœur de la tienne ! Deux sacrées juments ! Moi ? Qui suis-je ? Je ne sais ! Chienne on me dit ! Humaine je me vois ! Ne suis-je pas la nymphe ? La transe emportait ma quête et transportait mon âme. Chaque fibre de mon corps vibrait sur la note qui lui plaisait mais toutes communiaient à l’unisson pour célébrer mon bonheur. Je gueulais et hurlais malgré moi. Ma jouissance atteignait un sommet que je ne crois pas avoir jamais connu auparavant. J’avais lu quelque part sur le net que toute femme ayant fait l’amour avec un chien ne pourrait plus jamais se contenter d’un homme. Je n’étais pas loin de penser la même chose. Nous restions un moment, intimement unis et immobiles. Il avait posé sa gueule sur mon épaule. Je sentais son souffle sur ma nuque.
A un moment donné, sans prévenir, il recommençait à pomper d’abord lentement puis il pilonnait un peu plus fort mais toujours de façon mesurée. J’accompagnais le mouvement autant pour mon plaisir que par nécessité. Le sexe mâle à son zénith, entraînait mes viscères, générant des sensations inédites. C’était l’ultime round du boxeur épuisé. Mon exaltation tout juste assoupie remontait d’un cran et culminait derechef quand il crachait de nouveau. Le sexe tressaillait dans mon ventre. Je soufflais et ahanais comme si j’avais grimpé l’Annapurna avec un quintal sur le dos. Je n’étais pas seule. Lui aussi qui pourtant ne supportait pas ma charge. Cette ascension me sonnait pour le compte. Je planais sur l’un des plus hauts sommets de l’Himalaya.
Pas longtemps ! C’était la douleur qui me sortait de ma torpeur. Le dogue avait pivoté. Il se retrouvait les quatre pattes au sol et grognait en direction des intrus mais nous étions plus que jamais liés. J’avais dégringolé avec lui. La torsion incendiait mes chairs. La traction arrachait mes viscères. Holà ! Le dogue ! Du calme ! Inutile de m’éviscérer. Il tirait tant, que je le suivais à reculons sur le gazon. Cul contre cul. Imaginer le dragon. Patience ! Mon chien ! Tout doux ! Il grognait et tirait toujours. Mes tripes trinquaient à nouveau. Aïe ! Aïe ! Aïe ! Eh ! Arrête ! Mon con ! Ducon !
De ma position je ne voyais pas bien les types. Ils portaient tous deux une combinaison verte et une casquette de même couleur. Les noirs, parce qu’ils l’étaient tous deux, tentaient de contourner le dogue, sans doute pour mieux lorgner ma bobine. La molosse pivotait, montrait les crocs, puis décidait de faire retraite. La bête à deux têtes dévalait la pente. Imaginer la grimace et les cabrioles pour limiter la casse. Nous improvisions une sorte de ballet mais l’exercice torturait mes entrailles comme je n’aurais pas cru possible. La douleur était horrible. Je gueulais et chialais mais il me fallait suivre.
On atterrissait contre le grillage SNCF. L’endroit était nu. Les rames étaient visibles qui défilaient à moins d’une dizaine de mètres. Dans la voiture, des jeunes gens à l’air incrédule tendaient la main dans notre direction. Nous désignaient-ils ? Peut-être. Un homme remontait dans l’allée centrale. Celui là lisait son journal. Cet autre fort pensif qui regardait sans nous voir. Et le gros qui semblait nous prendre en photo. Une jeune femme se remaquillait. Celle en vis-à-vis furetait dans son sac.
Dans la réalité ces rushs que j’ai assemblés pour vous ne défilaient peut-être pas dans cet ordre. Ce n’était pas la foule des heures de pointe. Les passagers n’étaient pas nombreux. L’ambiance dans les voitures paraissait paisible. De mon côté, ce n’était pas le cas. L’effroi et la folie présidaient aux prises de vue. Comment peut-il se faire qu’au milieu de tant d’affolement, il me reste des séquences imprimées sur ma rétine et mémorisés quelque part. Je ne sais pas. C’est ainsi. C’est tout. Les fenêtres, les voitures, les rames défilaient sous mes yeux pendant que je me contorsionnais et souffrais, gueulais, pissais, chialais. Je me demande si je ne déféquais pas aussi. Je tergiverse et mégote mon aveu pour prendre le temps de digérer ma honte. J’utilise à dessein un vocabulaire châtié et choisis mon verbe parmi ceux là qui chantent au point qu’on en oublie le sens, dans le but de ménager mon amour propre. Mais oui ! Je chiais aussi. Une chiasse liquide et odorante. Qu’y pouvais-je ? Je subissais.
Les rames passaient, le temps aussi. Le lien commençait à se détendre, qui n’était plus aussi étanche. Des fuites jutaient qui inondaient ma toison et éclaboussaient mon périnée et mes cuisses. Ma peur s’apaisait. La douleur aussi qui n’était plus si aigue. Il restait l’anxiété. J’en avais gros sur la patate. Les types attendaient à vingt pas, assis sur le muret. Je n’osais pas les regarder franchement. J’étais horriblement embarrassée et bien en peine de justifier mon état. Je zieutais à la dérobée. Ils discouraient entre eux dans une langue qui m’était étrangère. J’apprenais plus tard qu’ils parlaient bambara et qu’ils étaient maliens. Celui de droite était grand, mince, le teint chocolat et paraissait très jeune sans que je sois pour autant capable de lui donner un age. L’autre une sorte de nabot au teint d’ébène, petit, robuste et enlaidi par un encéphale disproportionné et disgracieux, portait dans les quarante à cinquante ans.
Le jeune me reluquait avec un sourire narquois qui ne me disait rien qui vaille. Il tenait en main mes vêtements qu’il avait rassemblés. Ils attendaient posément et discouraient entre eux tout en surveillant le dogue qui se faisait toujours menaçant. Rita et le corniaud avaient disparu. Mes muscles vaginaux relâchaient peu à peu. Le nœud décompressait. Le lien se détendait de plus en plus.
Sur ces entrefaites on entendait un appel assourdi : « Alaric ». Il venait d’assez loin et était répété. Une voie féminine, me semblait-il. Quel drôle de nom ! Le pressentiment flashait. Le chien dressait l’oreille et marquait l’arrêt une fraction de seconde puis il tirait et retirait son sexe en force avec un bruit baveux de succion qui détonait comiquement. Zou ! La flèche détalait qui me laissait en plan avec ma douleur et les types en partage.
Un flot de sperme et d’humeurs dévalait qui poissait un peu plus ma toison, mes cuisses, mes jarrets, mes mollets et coulait jusque dans mes baskets. On pouvait croire que ces liquides tenaient lieu d’onguent adoucissant. Que non ! Détrompez-vous. Un feu du diable consumait mes entrailles. Le retrait barbare étrillait mes chairs à vifs. L’ulcération et les dards qui me lançaient, me mettaient au supplice. J’ouvrais les cuisses et frictionnais compulsivement mon sexe baveux pour apaiser la brûlure tandis que les deux noirs venaient se poster face à moi.
-Comment t’appelles-tu ? Demandait le gnome en bombant son poitrail de percheron et agitant son groin de débile. Qu’importait ? Drôle de question. Je ne répondais pas, inquiète et un peu braquée par le comportement du plus jeune qui avait saisi mes genoux et les maintenait écartés. Celui ci se gaussait et faisait mine de s’émerveiller.
Ma chatte épanouie n’avait jamais tant baillé. Les lèvres étaient outrageusement gonflées. Le clitoris pointait qui singeait l’impudence d’un pénis. La vulve béait comme le gosier d’un piaf qui attend la becquée. L’orifice vaginal qui restait dilaté et grand ouvert dévoilait le chemin des mystères tapissé de vermillon. La note chaleureuse modérait l’éclat des chairs humides qui chatoyaient des rouges irisés comme un énorme rubis sous les rayons du soleil levant. Cette fleur monstrueuse qu’on pressentait carnivore, nichée dans l’abri entre mes cuisses, n’avait rien de commun avec le minou que je connaissais. Les couleurs étaient vives et les volumes extraordinaires.
Le jeunot appréciait le tableau qui m’écartelait toujours. Allait-il me violer ? L’hypothèse me paraissait dans l’ordre du possible. Le gnome intervenait.
-Laisse là tranquille, ordonnait-il. Il énumérait les considérations professionnelles qui plaidaient sa thèse et concluait que le temps était compté. Le mien aussi l’était et j’en prenais seulement conscience. Le jeunot lui ne semblait pas s’en soucier qui dégrafait sa braguette.
-Bordel, Mahmoud, tu vois pas qu’elle est crado, renchérissait le gnome. Paradoxalement, l’échange était en français mais aurait-il été en bambara que j’aurais tout aussi bien compris le sort que Mahmoud me réservait.
Je fuyais sans attendre et grimpais à quatre pattes. C’était ma sujétion nouvelle fruit d’un atavisme qui pour être de fraîche descendance n’en caractérisait pas moins ma lignée, sans parler que la pratique ménageait mes douleurs parce que mon sexe était encore incandescent. L’autre avait tôt fait de me rattraper.
-Où veux-tu aller à poil ? Ricanait-il méchamment. Je téléphone à la brigade menaçait-il en sortant son portable. Ils te conduiront au commissariat ou au refuge de la SPA, poursuivait-il en gloussant comme s’il venait de dire une bonne blague. Je n’étais pas sans savoir combien la bestialité était un sujet controversé, passible des foudres de la justice. Quoique le crime ne me paraissait pas mériter tant d’indignité, je me sentais néanmoins coupable et ne souhaitais pas m’exposer plus qu’il n’était nécessaire. J’étais prête à composer.
-Vous devez aller au boulot et moi aussi, avais-je sottement argumenté. C’est fou ce que je pouvais être intelligente dans les moments critiques. Mon raisonnement ne bouleversait pas les gars et surtout pas Mahmoud qui s’esclaffait. Le gnome venait à ma rescousse.
-Elle a raison. Fait pas le con, renchérissait-il. Cet allié inattendu me rassérénait mais l’autre loustic n’en continuait pas moins son manége. A l’instar du parrain, je formulais l’offre qu’il ne pouvait refuser.
-S’il vous plait Monsieur, demain si vous voulez mais pas aujourd’hui. Pas aujourd’hui. Je vous en prie. J’ai trop mal, avais-je imploré en insistant plusieurs fois avec la conviction du désespoir. Le gnome rebondissait sur mon offre et rafraîchissait son argumentation à l’attention de son collègue.
-De toute façon nous pourrons nous la faire demain, concluait-il au terme de son plaidoyer. Mon inconséquence m’apparaissait soudain. Je n’osais pas corriger mais je ne l’avais pas inclus dans mon offre. Ouf ! Mahmoud remontait la fermeture éclair de sa braguette. Certes le problème restait entier mais du moins je gagnais du délai. J’étais soulagée. L’anxiété qui m’oppressait relâchait son étreinte.
-D’accord pour demain mais ne te défile pas sinon il t’en cuira, menaçait le jeune noir un peu radouci tandis qu’il posait mes fringues sur le muret et que le gnome avançait un broc d’eau.
-Magne toi, ordonnait le gnome en insistant pour que je me lave parce qu’il ne voulait pas saloper son camion. Ils envisageaient de me raccompagner pour vérifier ma sincérité. L’eau fraîche me faisait du bien et soulageait mon sexe enflammé. Mes habits que j’utilisais pour me sécher n’étaient guère plus que guenilles humides. J’empaquetais mon linge et enfilais le blouson de toile que le nabot prêtait le temps du retour. Merci ! Le vêtement était un peu facétieux mais je n’allais pas faire la fine bouche. Le gnome prenait le volant. Je grimpais et prenais place sur la banquette entre les deux hommes. Le camion roulait dix minutes tout au plus et se garait au bas de l’immeuble face à l’épicerie le long du trottoir dont la bordure était peinte en jaune.
Bien évidemment, l’épicier tunisien qui avait fait des pieds et des mains pour obtenir l’interdiction de stationner ne pouvait que râler. Le con ! Il rappliquait alors que je posais le pied au sol tandis que ma tenue défaite dévoilait mon minou et mes fesses. Mon exhibition était fatale mais la coïncidence elle, était malheureuse. J’avais pourtant pris soin de choisir mon moment pour descendre du bahut. Personne en vue ! A n’en pas douter le diable veillait qui m’aveuglait. Toujours était-il que j’étais surprise autant qu’il l’était mais lui en restait baba et perdait souffle. Les récriminations qu’il s’apprêtait à débiter s’étranglaient dans sa gorge. Une transmutation étrange opérait. L’homme basculait en mode automate qui avançait bras ballants, oeil rond, bouche ouverte, visage congestionné, bredouillant des borborygmes incompréhensibles.
Je me réajustais précipitamment et jouais l’inconscience pour cacher mon embarras. C’est étrange ce besoin que j’avais de garder la face.
-Bonjour Monsieur Ben Salah, avais-je susurré avec une voix de faux jeton et un brin de perfidie sur le ton mielleux de la contrition. Des trémolos trahissaient mes hésitations, lesquelles vous conviendrez, étaient assez normales en pareille circonstance. Bref, je ne savais plus très bien où j’en étais quand je passais devant lui en vue de rejoindre l’entrée de l’immeuble.
Le pauvre type ne bronchait pas qui avait perdu la tête. Pour sûr ma réputation n’allait pas en sortir indemne. Mon épreuve n’était pas terminée. Sur le palier du premier, je butais sur le proprio qui quittait son appartement pour aller promener son clébard, un jeune mâle berger allemand, nommé Chadoc que j’aimais bien. J’avais toujours nourri une certaine tendresse pour les beaux chiens.
-Bonjour Madame Verdon, articulait-il clairement. Il s’obstinait à m’appeler du nom de mon compagnon en place de mademoiselle Caillassou. Mais que vous arrive t-il ? Il s’étonnait de me voir à cette heure en tenue inhabituelle et en compagnie d’étrangers, sans parler de ma chevelure hirsute que je n’étais pas parvenue à débroussailler autant que je l’aurais voulu. Je devais ressembler à une harpie et tout bien considéré question odeur, c’était pas ça non plus. Des effluves nauséabonds pointaient de temps en temps.
J’inventais des fadaises. Pendant ce temps Chadoc fourrait sa truffe dans mon entrecuisse. Il reniflait ma moule et en venait même à la lécher. Je précipitais le dénouement et prenais une fuite honorable avant qu’il ne soit trop tard. Les deux autres qui grimpaient sur mes talons échangeaient les remarques sarcastiques, qui raillaient mes affinités canines. Ah ! Ah ! Dans l’appart Le gnome récupérait son blouson tandis que le jeunot fouillait partout dans mes placards. Il raflait ma cagnotte que je planquais dans une tasse ébréchée.
-Tu récupéreras ta carte d’identité et les sous avec, si tu tiens parole, tranchait-il en empochant le tout à titre de caution. Je comptais mentalement et estimais qu’il devait me refaire d’un peu plus de deux cent euros. L’addition devenait salée parce que, n’en doutez pas, je n’avais aucunement l’intention de tenir parole.
Après la douche, je retrouvais à peu prés figure humaine. Mes cheveux lavés, séchés et brossés retrouvaient un lustre satisfaisant. Bien entendu la chienne n’était pas rentrée. Je ne vous dis pas le pataquès que ça faisait. Bien évidement j’arrivais en retard au boulot. Bah ! C’était la première fois. Et le reste ? Bien sûr que mon petit minou me faisait souffrir. Encore que souffrir n’est pas nécessairement le bon terme, sauf si comme moi vous en tirez grande jouissance. C’était ainsi ! Ma tendance sadomasochiste me poussait à confondre souffrir et jouir. J’ai beaucoup joui ce jour là. Parfois, l’atavisme ressortait. J’étais tenté d’aller à quatre pattes. Dans ces cas là, je prenais sur moi pour rester debout et m’efforçais de ne point trop claudiquer. Quelle torture ! Quel plaisir ! Mon minou enflammé mouillait sans répit. Ce monstre délicieux ! Il se rappelait sans cesse à mon souvenir. Certains ont la tête dans le cul. Moi, j’avais le cul dans la tête. Toute ma sainte journée, je n’avais que lui en tête avec la douleur pour me rafraîchir la mémoire. Bilan ? Je ne regrettais rien. Pourquoi faut-il défier la nature et risquer l’opprobre pour mériter un coït de cette trempe ? Méphistophélès m’avait bien baisée. J’étais accro.
En fin de journée la chienne était rentrée. Elle aussi s’en était donnée du bon temps plein la panse. Mais dans son cas il n’y avait rien que de très naturel. Personne n’y trouvait trop à redire. Sauf la veuve du général. Encore que celle-ci était bien rassérénée mais je pense qu’elle décidait ce jour là de ne plus jamais me confier son cabot. Rendez service, voilà la récompense. Qu’elle aille au diable !