Mar 09
0

Tribulations d’une femme frustrée

Saint Louis (août 2008)
Tribulations d’une femme frustrée

Qu’est que j’allais foutre à Saint Louis du Sénégal ? La question me tarabustait depuis que nous avions embarqué dans l’avion. Des attentes ? J’en avais bien sûr mais je n’y croyais guère. Ce n’était qu’à la nuit que je trouvais une réponse. Ce n’était pas celle que j’attendais mais à tout prendre c’était aussi bien sinon mieux.

Mon époux et moi-même étions en mission à Dakar. Il profitait de l’opportunité pour faire un saut à Saint Louis et saluer un vieil ami qui lui était cher. Je le suivais. L’escapade ne durait pas plus que le temps d’un Week-end. Le soir même de notre arrivée, cet ami qui nous hébergeait, célibataire le temps d’un été, nous emmenait dîner au « club ». C’était l’un des points de ralliement des européens et des notables de la ville.

L’établissement tenait du tripot autant que du restaurant. A l’intérieur, les tables s’organisaient. Le poker semblait le jeu le plus prisé. L’ami se faisait corrupteur. Je n’étais pas intéressée mais mon mari ne résistait pas plus que le temps du repas malgré ses promesses. L’addiction au jeu était encore la plus forte. Pouvais-je m’opposer ? Bien sûr, mais je ne l’avais pas fait. N’empêche que je lui en voulais malgré tout. Sur la terrasse, il n’y avait plus grand monde. Tous étaient rentrés qui allaient jouer jusqu’à l’aube. Beaucoup de ces types qui étaient délaissés, se déluraient et goûtaient la débauche le temps d’un été pendant que bobonne et les enfants se ressourçaient en Europe.

Quelques jeunes gens, blancs pour la plupart, étaient encore là, sur la terrasse, qui m’adoptaient. Ils m’invitaient quand ils me voyaient errer. J’errais parce que je ne savais que faire et n’étais pas du tout pressée de rentrer. Pourquoi l’aurais-je été ? Les jeunes gens, garçons et filles, étaient infirmières, toubibs, anesthésistes, et que sais-je encore qui appartenaient au corps médical et qui étaient affectés à l’hôpital de la ville et je ne sais où, au titre de la coopération ou bien pour Médecin du Monde ou peut être MSF.

L’ambiance était joyeuse. Nous avions esquissé quelques pas de danse mais l’enthousiasme manquait. Les hommes qui ne dansaient pas si bien, se faisaient prier, qui avaient peur du ridicule. Qui suggérait le bain ? Je ne sais pas mais à mon sens cela importe peu. Pourquoi allions-nous au bain ? Cette question me semble en revanche plus pertinente, à laquelle néanmoins je ne sais pas mieux répondre. Quoi qu’il en soit, nous sautions tous dans la piscine comme les moutons de Panurge. Beaucoup étaient à poil. Moi, j’avais gardé ma culotte. La pudeur sans doute, l’inconséquence assurément, parce qu’après elle me faisait défaut.

La soirée accrochait bien et se poursuivait dans une boite de nuit du coin. La salle était bondée. Les couples se bousculaient sur la piste. Par ici, l’élégance était de mise. Ma tenue s’appariait tout à fait. Je portais une petite robe sexy à fines bretelles, taillée dans un tissu fluide à reflet métallique, coupée à mi-cuisse. Le dos était nu. L’audace du décolleté qui plongeait jusqu’au nombril était tempérée par une broche qui le pinçait sous la poitrine. Tout bien pesé, on vit très bien sans culotte. On s’habitue vite. L’audace m’émoustillait. L’atmosphère, les lumières, la musique, la danse, le brouhaha, l’alcool, la fumée, les odeurs, la frénésie, ces corps à demi nus et moi-même qui l’étais aussi, tout cela m’enivrait. Je perdais la tête. Mes souvenirs de ces moments sont nimbés de brouillard. Je faisais des choses puériles que je préfère ne pas raconter.

Satan et ses sbires rodaient dans les parages. Comment me retrouvais-je dans la rue au bras de ce type ? Bonne question. Un instant, SVP, le temps que je rassemble les bribes de souvenirs, lesquels à ce jour, sont encore plus flous. Oui, Oui, je bafouille et tergiverse à dessein le temps de digérer ma honte. Vraiment, je ne sais pas très bien comment je me laissais embarquer. Il me souvient que j’avais des hésitations. Pourquoi des hésitations ? Comme le reste, la raison se noyait dans les fumées tabagiques et les brumes alcoolisées. Un fait est certain, Moctar était pas mal de sa personne et interne de son état dans l’hôpital où mes amies infirmières travaillaient, qui me l’avaient présenté ainsi que mille autres types d’ailleurs. Pourquoi Moctar ? Pourquoi pas lui. Autant demander à la loterie nationale pourquoi tel numéro est sorti plutôt qu’un autre. Si je le savais, je serais riche. Qu’allions-nous faire ? Pardi, la soirée était d’enfer, mon minou crucifié bavait le martyr, imaginez mes attentes.

Mon âme était remplie d’allégresse, et détrompez-vous, je n’étais pas ivre tandis que nous allions tous les deux d’un bon pas en direction de son appartement. L’autre goujat n’avait plus sa place en mon coeur pas plus que dans mes pensées. Oui, ce sagouin avec lequel je venais à Saint Louis, ce salaud qui m’abandonnait comme une capote embrenée. Oui ! Oui, c’est bien ça, celui là même qui préférait jouer aux cartes plutôt que me baiser. Ce con qui allait passer la nuit à téter ses paires et ses brelans en rêvant de couleurs, de quintes flush et de carrés d’as. Pendant ce temps, moi je raflais la mise. J’allais gagner la félicité, haut la main avec deux superbes étalons. Ah oui ! C’est vrai ! Je ne vous ai pas encore tout raconté.

Arrivée à la chambrée, je constatais que mon interne colouait avec un anesthésiste. Dans ce pays, la colocation est aussi courante qu’ailleurs parmi les célibataires pas trop argentés. Pour l’occasion mes lascars partageaient non seulement le studio mais aussi le lit. Non ! Non, ils n’étaient pédérastes le moins du monde. C’étaient les circonstances, parait-il. Il me semblait comprendre que c’était provisoire. Bah ! La couche était suffisante pour nous trois. Je plaisante ! Les choses n’allaient pas si vite.

Le type dormait à poil sur le lit quand nous arrivions. Je montrais un peu d’irritation d’autant que le logement était petit et le bordel assez peu engageant. Moctar était embarrassé. Boubacar se réveillait. Le climat était néanmoins débonnaire. Mon humeur s’amadouait. La charge érotique de l’occurrence ne m’échappait pas non plus. Je n’allais pas en faire un fromage. Je mettais de l’eau dans mon vin comme on dit. L’importun se faisait petit. Néanmoins il était là et plus encore dans mon imagination qui m’embabouinait la tête, pendant que Moctar me faisait une lichette. Bandait-il ? Cette question polluait mon esprit et instillait un poison aphrodisiaque. L’intrus frayait ainsi sa voie dans mes pensées.

Je me découvrais des trésors d’énergie et un appétit insoupçonné pour le sexe. C’était la folie et ma prise était douée. J’avais pêché un véritable pur-sang. Après chaque étreinte, je ravigotais un peu la bête et nous repartions pour la suivante. Le score ? Plus que je n’avais jamais fait et ce n’était pas fini. La tierce présence nourrissait mon fantasme qui entretenait les feux et alimentait pire que jamais mes divagations qui dépravaient mon esprit. Celui-là qui était l’importun, l’intrus, le tiers, n’était plus si petit qui prenait plus d’aise, ni si pudique qui montrait une érection formidable.

Comment en venait-on au triolisme ? Très naturellement. Il me prenait en levrette pendant je taillais une pipe à mon étalon. Je devinais la tractation entre les deux mâles qui usaient d’une langue que je ne comprenais pas. Peu m’importe qu’ils m’aient négociée comme de la viande ou qu’ils aient soupçonné mon désir et voulu me plaire. J’étais barbaque, j’étais fournaise, j’étais tout ce que l’on voulait et la nouvelle donne me convenait très bien. Mes orgasmes atteignaient une intensité inédite. Une transmutation étrange opérait qui faisait que je me dédoublais. Mon être de félicité planait sur une orbite stellaire tandis que sur terre une harpie féroce ruinait les satyres. Ce phénomène de dédoublement était nouveau pour moi mais n’est pas inconnu pour autant qui est amplement décrit par les équations de la mécanique quantique.

Les pauvres ! Ils n’en pouvaient plus. Tous deux s’endormaient. Je somnolais aussi. Les événements de la nuit torride me revenaient en mémoire. Nous n’avions pas utilisé de préservatifs. L’interne avait protesté quand je soumettais l’idée. Comment pouvais-je penser qu’un toubib allait me contaminer ? S’était-il indigné. Quoi qu’il en soit mon ultimatum faisait long feu. Pas de capotes. C’était la déroute. Sans doute que mon repli résultait moins des assurances qu’on me donnait que du désir qui brouillait ma raison. Quand à l’anesthésiste, je ne maîtrisais déjà plus la situation. Tant pis ! C’était fait. Je gérerais.

Tout bien considéré le risque ne concernait que moi. Charles ne me touchait plus. J’avais espéré changer cet état de fait en venant à Saint Louis. La déception remplaçait l’espoir. Monsieur préférait les cartes. Bah ! J’avais gagné au change. Autant voir les choses comme cela. Le retour ne me souciait pas trop. J’inventerais quelques balivernes et à tout prendre j’étais prête à aller au clash tant j’étais remontée. Etais-je coupable ? Sans doute mais la responsabilité était partagée. Mon esprit vagabondait ainsi.

Des pensées plus agréables survenaient aussi. Mon sexe meurtri bouillait encore de tant de débordements. L’expérience valait d’être vécue. J’en avais pris plein mon cul. Encore qu’aucun n’avait eu l’idée du petit trou. C’était aussi bien, parce qu’ils l’auraient explosé tant les braquemarts étaient du gros calibre. Ces dernières cogitations préludaient au sommeil.

Une odeur de café me réveillait. Les rayons du soleil perçaient au travers des persiennes. Ma bouche était poisseuse. Des croûtes séchées étaient collées un peu partout autour de mes lèvres, sur mes cuisses, sur mon pubis, mon ventre et même dans mes cheveux. La sueur, le musc et le stupre mêlaient les odeurs un peu suries avec des effluves marines.

Ma chatte épanouie n’avait jamais tant baillé. Les lèvres étaient encore outrageusement gonflées. Le clitoris pointait qui singeait l’impudence d’un pénis. La vulve béait comme le gosier d’un piaf qui attend la becquée. L’orifice vaginal qui restait dilaté et grand ouvert dévoilait le chemin des mystères tapissé de vermillon. La note chaleureuse modérait l’éclat des chairs humides qui chatoyaient des rouges irisés comme un énorme rubis sous la lumière du néon. Cette fleur monstrueuse qu’on pressentait carnivore, nichée dans l’abri entre mes cuisses, n’avait rien de commun avec le minou que je connaissais. Les couleurs étaient vives et les volumes extraordinaires. Un monstre ! Un monstre qui n’avait pas encore été foutu d’enfanter. L’allégorie « L’origine du monde » me venait à l’esprit. Gustave Courbet n’est-il pas à l’honneur ? Mon sexe n’aurait-il pas été un modèle tout indiqué ? Question sans réponse.

Boubacar avait ramené des croissants. Il me souhaitait le bonjour et me tendait un verre de jus d’orange, lequel était bienvenu qui humidifiait mon gosier et titillait agréablement mes papilles. Le roupillon avait été court. Je n’avais pas dormi deux heures mais je me sentais bien. Je dévorais le petit déjeuner qu’il avait préparé puis filais dare-dare sous la douche.

De son côté, Moctar toujours aussi attentionné se préoccupait de mon transport. Il avait sollicité un collègue, un pharmacien pour changer qui était propriétaire d’une moto et qui s’appelait Daniel, un prénom chrétien assez inusuel dans les parages. L’angelot – c’en était vraiment un, irradiait un magnétisme qui me séduisait d’emblée. L’homme n’était pas seulement vif, intelligent, cultivé, il était beau, grand et mince. Ce n’était pas tant la perfection de ce corps de dieu grec que la pureté des lignes du visage qui me fascinait. Le teint d’un noir profond absolument uniforme exaltait l’élégance des traits, comme il est de certaine patine sur les bronzes anciens. L’ovale bien dessiné, les traits aristocratiques, et ces yeux à vous damner formaient un ensemble duquel il était difficile de détacher son regard. Un chef d’œuvre rare chez tous les peuples et plus encore en négritude. Bref, un minois ravissant qu’on ne se lasse pas d’admirer.

Le nouveau venu rappliquait tandis que je finissais de me sécher. Je ne jouais pas les fausses pudeurs. Il ne me déplaisait pas de déambuler nue parmi les trois hommes. N’allez pas croire que j’avais l’habitude. Ado, j’étais même plutôt pudique. Vraiment jamais auparavant je n’avais été confrontée à une telle situation. Mon plaisir dictait la bravade, autant que la disposition des lieux – d’ailleurs, la salle de bain du studio n’avait plus de porte, c’est vous dire. Je me délurais. Mes inhibitions n’étaient pas mortes mais se planquaient, tapies quelque part, qui n’osaient pas pointer le nez en terre étrangère et me foutaient la paix. Ma liberté distillait un sentiment divin. J’étais invincible et magnifique. Wouah-ouh ! Des picotements caractéristiques agaçaient mon périnée. Il n’aurait pas fallu beaucoup pour me convaincre de m’allonger de nouveau. Les mâles ne semblaient pas d’humeur libidineuse qui débattaient dans leur langue incompréhensible.

Tant pis pour eux ! J’enfilais ma robe, chaussais mes escarpins, bouclais mon bracelet et mon collier et récupérais mon sac à main. Un dernier coup de peigne. J’étais prête. Bisou ! Bisou ! Les adieux larmoyaient un peu. Nous reverrons nous ? Pourquoi pas, dans une autre vie. J’enfourchais la bécane à l’arrière de l’apollon. Le soleil commençait à grimper à l’horizon. Le trafic automobile était clairsemé. L’air de la course s’engouffrait sous ma robe et caressait délicieusement mon épiderme. Aucun de nous n’avait de casque. Privilège ou inconscience ?

Le corps du conducteur perfusait sa chaleur dans le mien. J’enlaçais sa taille. Il était vêtu d’une tenue traditionnelle, formée d’une tunique en toile de coton imprimée, portée sur un pantalon assorti. Le tissu léger ne faisait pas obstacle aux échanges. Je sentais sous ma paume la crispation des pectoraux. Je promenais ma main et tâtais d’un doigt léger la fermeté des muscles. Des idées me traversaient l’esprit. Décidément, je ne pensais plus qu’à çà. Je suis persuadée que je faisais plus de folies en deux jours que pendant les trente deux années, ou peu s’en faut, que j’avais déjà vécues.

A ce stade, je n’étais plus à une bêtise prés. Son sexe était dur que je caressais. Il me laissait faire cinq minutes puis il prenait les choses en main. Il avait dénoué le lien de son pyjama et guidait ma main. Le phallus était chaud qui palpitait dans ma paume. Comment se pouvait-il ? Ce machin me semblait plus dur et plus gros que celui des autres, qui donnait du crédit à ces légendes qui vantent la gloire des mâles africains. J’agaçais le méat, lissais le gland, astiquais la hampe et jouais ainsi tandis que le bitume défilait. Je continuais aussi quand on bifurquait sur la piste mais il m’y fallait plus de virtuosité.

Mon pilote évitait les trous, contournait au plus prés les mares mais la navigation – et le confort aussi, devenaient autrement difficiles. De part et d’autres, la piste était bordée par les murs d’enceinte derrière lesquels on devinait plus qu’on ne voyait, les parcs et les villas. De temps en temps de petits bosquets formaient un maigre îlot de verdure que l’on devait contourner. Le pharmacien – ne l’était-il pas ? Le pharmacien disais-je, s’arrêtait sous l’ombre d’un grand arbre au tronc torturé. La rue était déserte. Pas un passant. Pas un véhicule sinon quelques voitures immobiles et inoccupées, garées ici et là. Le seul être vivant – encore qu’on pouvait douter, était un corps allongé, inanimé, protégé du soleil sous un abri de fortune, situé non loin de nous, à moins de vingt pas, prés de l’entrée d’une villa. L’homme, la natte et son chapiteau de toile se fondaient dans ce décor de western mexicain. La Toyota de notre hôte était également garée dans les parages et je ne l’avais absolument pas reconnue. Le quartier m’était totalement inconnu. Pourtant, nous y débarquions, pas plus tard que la veille au soir. Ceux qui ont eu à se repérer dans une banlieue résidentielle d’une grande ville, peuvent sans doute comprendre ma confusion. Ici c’était pire sous la poussière et le sable qui banalisaient toutes choses. Bref, j’étais rendue et ne le savait pas.

Mon guide avait calé sa moto et me saisissait par la taille. La frimousse ravissante approchait mon visage. Ses lèvres étaient douces sur les miennes, le temps de la reconnaissance, le temps de m’amollir puis il y mettait plus de fougue. C’était le baiser de ma vie. Il me fallait remonter à l’adolescence pour me remémorer tant d’impétuosité. Sa langue fouinait et explorait. Il vérifiait chaque coin avec grand soin. Ses mains n’étaient pas inertes qui tantôt caressaient mes fesses, dénudaient mes seins, tripotaient le téton, effleuraient ma fente et me rendaient folle. De mon côté j’avais repris le phallus en main et poursuivait mon ouvrage. La fraîcheur du matin, le silence absolu, la luminosité éblouissante et ce linceul d’éternité qui couvrait toutes choses, depuis les murs des enceintes jusqu’au gardien et aussi le feuillage des arbres sous lesquels nous avions stoppé, concourraient pour donner licence sinon la bénédiction. « Les amoureux sont seuls au monde » n’est-il pas ?

La suite était inéluctable. Je la voulais plus que lui mais mon adonis avait le toupet que je ne possédais pas. Son pyjama et son slip gisaient à ses pieds. Le sexe était dressé, fier, arrogant. Il retroussait ma robe jusqu’à la taille. Sur de sa force, le mâle me soulevait sans peine et m’adossait au tronc. J’écartais les cuisses autant qu’il m’était possible, autant que la prise du guerrier me le permettait, laquelle cependant n’autorisait pas grande envergure et pas autant que je voulais. Il me pénétrait d’un coup et commençait les va-et-vient dans la foulée. L’intrusion était brutale à couper le souffle mais dans le même temps tout mon être appelait le supplice. Aucun tourment n’était assez vif. Aucune bourrade n’était trop bestiale que je ne voulais encaisser. Ma réponse s’appariait au rythme de l’homme. J’en rajoutais un peu, soucieuse de son plaisir. Quand la hampe de son phallus était profondément enfouie, je contractais mes abdominaux et les muscles de mon vagin, comme pour retenir la verge en mon sexe ce qui incidemment devait produire un massage du gland du plus bel effet. Ma sœur aînée, experte en la matière, m’avait enseigné le truc. Tous les mecs avec lesquels je l’essayais en raffolaient. L’orgasme m’emportait un peu avant qu’il n’éjacule. Son membre crachait peu après et tressaillait longtemps jusqu’à m’embrouiller les tripes.

Des idées bizarres me traversaient l’esprit. Le risque d’être surprise ne me souciait pas. La partie obscure de mon âme brûlait de donner le spectacle de mon indignité. Mon ignominie portait pour moi un pouvoir aphrodisiaque considérable. La pensée d’en rester là m’était insupportable. Je voulais poursuivre. Je décidais de requinquer la bête et prenais position. Lui prenait mes tempes entre ses paumes et accompagnait le rythme pendant que je broutais le machin. La turgescence reprenait vite de la vigueur. Je m’emballais pour ce jouet remarquable plus gros et plus dur que tous ceux des hommes que j’avais connus. Illusion ! Peut-être ! Qu’importe ! La comparaison me divertissait fort qui me donnait encore à penser à ces légendes fantasmagoriques et goûteuses. L’évocation me donnait encore plus d’entrain s’il se peut. L’organe était chaud, vivant et l’épiderme était souple et doux. Le gland bien dégagé luisait sous les rayons du soleil.

Le mâle piaffait qui me redressait et me plaçait en position mes mains en appui sur le siége de la moto. Il me prenait en levrette et m’enfonçait pour de bon. J’avais presque failli m’affaler avec la motocyclette. Du coup je levais le nez. Mon regard croisait celui du gardien qui zieutait la scène avec des yeux incrédules. Moi-même, j’avais du mal à y croire. Il me plaisait qu’il me mate. J’étais vraiment folle. Le garçon n’oeuvrait pas longtemps qui était quasi mur. Il crachait sa semence. Le sexe palpitait dans mon ventre. Le sperme coulait le long de mes cuisses. Un dernier orgasme m’emportait encore qui m’anéantissait. Je récupérais affalée sur le siége.

Un bruit de moteur. La voiture était là qui me surprenait avant que je n’aie réajusté ma tenue. Incrédule, le chauffeur reluquait, moins préoccupé de son chemin que par mon cul. Ce n’était pas volonté délibérée de ma part mais la fatalité qui s’en mêlait. Pour autant je ne m’affolais pas. Quoi qu’il en soit, je butais sur des contraintes très pratiques. J’étais bellement souillée mais il ne me restait qu’un seul mouchoir. La solution de l’équation n’était pas évidente parce que je ne voulais pas cochonner ma robe. Etais-je maniaque ? Préoccupée de dignité ? Prudente ? Tout cela participait de mon souci car je ne me voyais pas rentrer avec un vêtement maculé même s’il était raisonnable de supposer que notre hôte et mon mari, tous deux, étaient déjà au lit, en train de roupiller. J’aimais autant ne pas courir de risque et mégotais le rhabillage. Vous les hommes, vous n’imaginez pas les trésors d’astuces dont nous, les filles, devons faire preuve tous les jours. Par suite ma tenue était mini, plus que mini, limite indécence. Pas moyen de faire autrement ! D’évidence, j’allais immanquablement saloper le siége de la moto. Tant pis ! J’étais prête à remonter en selle.
-Où veux-tu aller ? Moquait-il gentiment, en désignant l’entrée de la villa que je n’avais pas reconnue. Le gardien faisait signe qui m’attendait et comprenait qu’on parlait d’un sujet qui le concernait. Je piquais un fard pas possible. Je me liquéfiais littéralement. Pour le coup, les adieux étaient plutôt froids. La moto vrombissait, puis disparaissait. Adieu ! Faux jeton !

Ce gardien se comportait de manière étrange qui avait une certaine prestance, des prévenances et parlait bien français.
-Je vous attendais madame, annonçait-il en me tendant une serviette. Il me recommandait de parfaire ma toilette et le disait avec réserve et des expressions et une intonation qui dénonçaient une classe que l’on n’attendait pas de la part d’un gardien. Je ne me souvenais pas l’avoir jamais vu, ce qui au demeurant n’était pas faux car il n’était pas là quand nous débarquions la veille. J’étais tout à fait déboussolée. Je ne savais où j’étais ni si je devais réellement entrer. Et quand bien même ce serait la bonne villa. Quelle contenance adopteriez-vous en pareilles circonstances ? Ce type m’avait vu baiser, jouir comme une chienne, une salope, une garce. J’étais lu la convoitise dans ses pupilles. Qu’allait-il rapporter ? Bordel, qu’avais-je besoin de tirer un coup ? Quoique ça n’avait pas été du tout désagréable. Il y fallait du culot. De moi-même je n’aurais jamais osé. Mes pensées alternaient ainsi tour à tour, perplexes ou jubilatoires. A n’en pas douter, cette aventure resterait dans mes annales. Avec le recul, l’évocation recélait pour moi un pouvoir aphrodisiaque étonnant.

Je rassemblais mon courage et franchissais le seuil. Je n’avais pas du tout imaginé que je serais aussi godiche, incapable d’identifier la villa. C’était assez stressant. Passée la porte, ouf ! Je reconnaissais à peu prés, la piscine à gauche, la villa, les grands arbres et les garages à droite. Ok tout baigne !

Dans la chambre, Charles ronflait. Je prenais une douche et m’allongeais à son côté mais je ne pouvais plus dormir. Je vêtais mon bikini, embarquais une serviette et filais à la piscine. L’eau me faisait du bien. Je nageais vingt minutes puis sortais pour aller m’allonger sur un matelas. J’abandonnais mon corps à la caresse du soleil. Le gardien balayait mollement l’allée centrale. Pour sûr, celui là restait pour moi une énigme. Je me promettais de questionner le maître de maison à son sujet. Je ne savais pas l’expliquer mais mon intuition me disait que ce type ne bavasserait pas sur mon compte.

Comme à mon habitude quand le contexte permettait, je me débarrassais du haut. Je détestais les marques et voulais un bronzage uniforme. Le gardien pouvait-il me voir ? Qu’importait, il avait vu pire. Je n’osais pas enlever la culotte et me contentais de la rouler à l’extrême pour diminuer son impact. Je m’exposais ainsi à la cuisson tantôt face tantôt pile jusqu’à quand le risque de brûlures fut trop grand. J’allais me lever pour aller chercher l’huile solaire que j’avais oubliée sur le bar. Le cerbère devançait mon intention, qui me tendait le flacon. Mon dieu ! Ce type ! Quelle prescience ! Mon comportement obscène d’un côté, dont j’avais malgré tout un peu honte, l’omniprésence du bonhomme et ses façons discrètes autant que pertinentes, d’un autre côté, qui cadraient mal avec son rôle, tout cela suscitait chez moi un certain embarras qui concourrait à revaloriser le personnage. J’avais dit « Merci Monsieur », presque avec déférence, puis j’allais machinalement piquer une tête bien que je n’en avais pas eu l’intention mais c’était ma manière de récupérer contenance, de fuir une situation qui suscitait du malaise. Je nageais quelques brasses avant de me sécher et oindre comme il se doit. Ma matinée passait ainsi à nager et à dorer.

Midi était bien sonné quand notre hôte et mon mari rappliquaient. Puisqu’il fallait des explications, autant faire simple. Je prétendais que j’avais dormi ici et qu’ils ne m’avaient pas vu. La probabilité était grande qu’ils soient rentrés passablement alcoolisés au point de douter de tout. En tous cas, personne n’insistait et on en restait là. Nous passions à table. Je mangeais une salade et buvais de l’eau. Les hommes préféraient des grillades et du vin. Au café notre hôte exposait son projet. Pourquoi pas ! Il proposait à mon intention – pour se faire pardonner sa désinvolture de la veille, ne m’avaient-ils pas abandonné à son instigation, une balade sur le fleuve avec son bateau.

Nous remontions jusqu’au Parc National du DJOUDJ, une réserve animalière remarquable. Un nombre impressionnant d’oiseaux de toutes tailles et d’une grande beauté défilait sous nos yeux. Les flamands élégants, les canards de toutes sortes, les outardes pataudes et des milliers, je dis bien des milliers d’autres espèces dignes d’intérêt. Les gazelles, les phacochères aussi abondaient. Bref inutile de vous lasser davantage. Je suis persuadée que ce n’est pas pour lire un conte bucolique que vous avez poussé votre lecture jusqu’à ces lignes. J’arrête. Ne quittez pas l’écoute car j’ai encore des choses à raconter.

En cours de parcours, notre aimable guide dégottait une plage auprès de laquelle il jetait l’ancre. L’endroit était désert et propre. Pendant que les hommes fumaient en buvant de la bière, j’osais me baigner nue, mais pas très longtemps car le temps passait. Nous rentrions à la nuit, laquelle, comme je vous l’ai sans doute déjà dit, tombe tôt sous les tropiques. La fatigue commençait à me peser sur les épaules. Je dînais léger avec les hommes puis filais au lit.

A mon réveil dans la nuit, personne. Un mot sur le chevet disait de ne pas m’inquiéter. Ils participaient à un tournoi de poker. Grand bien leur fasse ! Je me préparais un en-cas et embarquais une bouteille de soda que j’allais boire sur la terrasse. La chaleur du jour s’était estompée. Une petite brise soufflait une fraîcheur agréable. Je folâtrais sous les grands arbres, m’apeurais de l’ombre ondoyante des géants plus que de l’obscurité puis revenais vers la piscine en avalant les dernières bouchées de mon sandwich. L’envie de piquer une tête me taquinait – enfin, façon de parler parce que je ne voulais pas mouiller mes cheveux que j’avais lavés, séchés et brossés dans la matinée et dont je formais un chignon sur ma nuque. Personne alentour, pas même le gardien. Cela me souciait-il beaucoup ? Sans doute puisque je m’en assurais. Toujours était-il que le peignoir en soie glissait tout seul sur mon corps. Je me laissais couler. La caresse de l’eau était délicieuse. Je nageais et faisais la planche alternativement pendant un quart d’heure, puis j’allais m’allonger te corps tout trempé, sur l’un des matelas.

L’homme rappliquait aussitôt qui me tendait une serviette pour me sécher. Décidément, c’était une perle ce type. Sa prescience était toutefois le moindre de mes étonnements. Il m’avait habituée à ce prodige. En revanche, l’autorité du bonhomme était nouvelle. Il portait un uniforme irréprochable, plis impeccables, képi vissé sur la tête, fourragère à l’épaule, nœud de cravate à la symétrie exemplaire, col d’un blanc immaculé, boutons briqués, épaulettes à galons, des souliers noirs astiqués qui brillaient de mille feux et par-dessus tout une barrette – non, je corrige, une plaquette de décorations multicolores, aussi grande qu’une maison. Je restais sans voix, passablement intimidée et acceptais machinalement la serviette. Lui posait ensuite un petit baluchon au sol et prenait la position au garde à vous, puis restait ainsi immobile.

Que voulait-il ? Que fallait-il faire ? Repos colonel. Mes hésitations l’amusaient. Il souriait, relâchait et corrigeait ma bévue. Il n’était pas colonel. Il avait pris sa retraite de la légion étrangère avec le grade de capitaine. Pour moi qui n’y connaissais rien, cela ne changeait pas grand-chose, le bonhomme n’en reluisait pas moins avec beaucoup d’éclat, au propre comme au figuré. J’avais oublié de questionner le maître de maison. Quel était le lien entre la légion et le gardiennage ? Je ne posais pas la question mais le paradoxe m’intriguait de plus en plus.

Il y avait de l’inconvenance de ma part à rester nue face à ce type tiré à quatre épingles, un employé de surcroît. Je pouvais vêtir mon peignoir mais je ne le faisais pas parce que je prenais du plaisir, parce que je voulais consciemment ou non prolonger l’exhibition du matin quand il me zieutait tandis que l’apollon me baisait.

Le colonel, capitaine, gardien gardait son flegme et en venait au fait qui prenait place à mon côté sur le matelas et déballait des bijoux et une liasse de billets. Il poussait le tout vers moi en exprimant une requête autant maladroite qu’emberlificotée. En clair, il me donnait tout ça pour coucher avec moi. Vous sursautez. Moi pas ! Je n’y voyais ni impudence ni incongruité, parce que sa demande était plus une supplique, une prière qui m’émouvait, parce que le contraste entre son humilité et sa propre dignité soulignée par la tenue rajoutait à l’émotion et faisait oublier la modestie de son état, parce que la fortune qu’il m’offrait était visiblement considérable. D’où sortait tout ce fric ? Sa pension de retraite sans doute. Je n’avais pas besoin de compter. C’était cent fois le prix d’une passe dans les meilleurs quartiers, fut-elle aux Champs Elysée. Que cet homme m’évalue à ce prix me flattait. Etais-je anormale ? Aurais-je dû m’offusquer ? Désolée, cela ne me déplaisait pas du tout et tant pis si vous me trouvez vénale, débauchée, salope et tout ce que vous voulez. Le fantasme de la pute m’émoustillait. Le summum ! Vendre mon corps à l’encan. Bon ok ! Je m’égare, je souffre une imagination débridée, mais ce jour là aussi je m’égarais.

Le militaire retraité me regardait, qui attendait ma réponse. J’hésitais. L’évocation des péripéties du matin et tout ce bataclan avaient ravivé des braises qui couvaient dans mon bas ventre mais ce bonhomme était vieux. Etait-ce raisonnable ? J’en doutais. C’était la lueur dans ses yeux qui me convainquait, une lueur d’intelligence qui dénonçait combien il lisait à livre ouvert dans ma tête, combien il me trouvait libre, vivante, désirable et magnifique, combien il était soucieux de ménager ma liberté qui n’était qu’à moi, combien il était prêt à tout pour moi, combien il avait envie de moi. Mon ego chavirait dans l’hommage. Tous ces mots qui n’étaient pas dits et ce désir qui transpirait m’allaient droit au cœur. Je m’étais approchée et sans un mot commençais à déboutonner sa vareuse.

Ce sexagénaire gardait un corps d’athlète. Tout juste était-il un peu empâté à la taille mais rien de méchant, pas même des poignées d’amour. Le ventre était plat. L’épiderme était souple et lisse. Les muscles déliés jouaient sous la peau. Les fesses étaient fermes, charnues, rondes et appétissantes à souhait. Tout le contraire du postérieur avachi de mon vieillard de mari lequel pourtant, était au moins dix ans plus jeune que ce bonhomme.

A mon ébahissement, le sexe en érection surpassait celui du pharmacien. Etait-ce une illusion ? Qu’importe ! Ce sont les impressions qui comptent, pas la réalité. Je voulais vérifier, le mignarder mais il ne m’en donnait pas le loisir. Le mâle s’était placé entre mes cuisses, qui entreprenait un cunnilingus. J’ai toujours aimé être broutée. Il avait saisi mon clitoris et suçait et aspirait tant que le sang affluait qui grossissait et raidissait ma turgescence. Entre deux souffles il trafiquait de la langue et balayait ma fente de haut en bas et de bas en haut. D’autres fois, il agaçait l’orifice de l’urètre ou bien il lui prenait l’envie d’engouffrer sa langue dans l’orifice vaginal et d’y fourailler aussi loin qu’il lui était possible. Son nez écrasait mon clitoris gonflé, et en jouait et l’irritait jusqu’à provoquer un émoi presque insupportable. Je bavais, gémissais et n’en pouvais plus. Je bêlais et suppliais pour qu’il me monte, mais il poursuivait toujours. Mon bassin soutenait une sarabande insensée. Mes supplications et mes appels devenaient plus stridents. Il daignait enfin m’honorer.

Il me pénétrait précautionneusement tandis que je lançais mon bassin à l’assaut sans craindre l’empalement. Il semblait comprendre le message et mon besoin de sensation plus bestiale. Il enfouissait d’un coup son bazooka. Je gueulais mon plaisir et relevais mes cuisses autant que possible pour lui permettre d’aller plus profond. Mon enthousiasme galvanisait le sien. Il m’astiquait à un rythme d’enfer. Je perdais la tête. Des salves d’orgasmes me laissaient haletantes. Des idées insensées naissaient qui affolait ma libido. Mes hallucinations enfantaient des billevesées. J’étais fécondée. Je portais. Si ce n’était pas le fils de Dieu, c’était l’enfant du diable. Mais où donc j’allais pêcher toutes ces divagations. Mon esprit déraillait. Mon corps ne m’obéissait plus. Mes abdominaux et les vasoconstricteurs du vagin prenaient leur ordre avec le phallus qui envahissait mon ventre. Des sensations inédites bouleversaient mes entrailles. Le piston formidable brouillait mes tripes. Certaines fonctions en étaient affectées. Ma vessie comprimée multipliait les signaux tandis que les boyaux maltraités occasionnaient un état nauséeux mais ces menus désagréments se dissolvaient dans les vagues de volupté qui déferlaient et bouleversaient mon être tout entier. Un feu de ce calibre ne crache pas des vétilles. Les salves de semence percutantes et brûlantes me projetaient sur une orbite stellaire.

Fichtre ! Le vieux était solide. Les psys, les toubibs et autres charlatans de même acabit, racontent des histoires qui disent que la taille du pénis n’importe pas. Je témoigne du contraire. L’homme roulait sur le côté. Je l’avais rejoint, et restais lovée contre son flanc. Nous reposions ainsi sans mesurer le temps. La nuit était claire. De temps en temps le cri d’un oiseau perçait le silence. Quelle paix ! Je goûtais la sérénité.

J’espérais remettre çà et entreprenais de ranimer la flamme, mais il n’avait pas voulu. Il m’avait embrassé. Un baiser léger, du bout des lèvres, chaste puis il était parti. Seule, pleine de la semence qu’il avait larguée, je m’étais touchée comme jamais je ne l’avais fait auparavant, des heures durant je recommençais jusqu’à ne plus pouvoir jouir puis je m’endormais comme une masse. Je n’entendais pas Charles quand il rentrait. Je le voyais au matin qui ronflait à mon côté. Je ne me souvenais pas avoir rejoint mon lit. Mon sexe était encore baveux de tous mes excès. La cyprine mélangée de sperme avait ruisselé le long de la raie et poissait mes fesses. Mon épiderme fleurait des senteurs musquées. Le parfum un peu poivré était rehaussé d’effluves suris et d’un bouquet marin, qui dénonçaient ma débauche.

En début de matinée, je rapportais les présents et l’argent au gardien. La chose n’allait pas d’évidence parce qu’il ne voulait pas. Je croyais l’avoir convaincu de garder au moins l’argent mais de retour à l’hôtel à Dakar, je découvrais que le bougre m’avait roulée qui plaçait dans mon sac le paquet contenant un magnifique bracelet en or ciselé en sus de la liasse intacte. Ce type que je découvrais fier, était plus mystérieux que jamais.

Nous embarquions en fin de matinée du dimanche pour le retour vers Dakar. Avant cela, les circonstances faisaient que les conditions n’étaient pas propices pour des investigations en règle quand bien même l’envie m’en démangeait. Le maître de maison n’était pas assez disponible, professionnellement accaparé qu’il était par un incident inopiné qui le préoccupait. A mon grand dam, l’énigme perdurait. Adieu capitaine ! Adieu gardien ! Quel est votre secret ?

A Dakar, la mission était presque terminée mais les rencontres, les réunions, les briefings, les séances de travail, les séminaires, les repas d’affaires, les soirées d’apparat se succédaient néanmoins, de sept heures du matin à minuit, du lundi au jeudi, sans me laisser le temps de souffler. La nostalgie du Week-end à Saint Louis n’en était pas moins vivace. Le vendredi, jour du retour vers Paris, l’embarquement sur le vol Air France se faisait très tard le soir, je libérais mon après midi au prétexte de faire des emplettes. Je caressais des projets fous, inavouables. Les scénarii était nombreux que je ne peux raconter. Ma quête était naïve. Je voulais être baisée, bestialement baisée, une toute dernière fois avant de rentrer.

Ce n’est pas si simple qu’on croit. Déjà la toilette me prenait des heures, non pas que ce fut long en soi mais je tergiversais tellement. Je me voulais belle et sexy. Au final, J’étais assez fière de moi. J’aguichais assez mais pas trop. Ma jupe était courte mais sans plus. J’essayais mini, vraiment mini mais n’assumais pas parce que cela me paraissait incompatible avec l’impasse du dessous. L’audace m’avait plu qui m’avait réussi. L’artifice était moins pour émoustiller les mecs que pour m’échauffer les sangs. Mon éducation chrétienne souffrait délicieusement le martyre. L’ambiguïté me portait aux anges.

Les plaisirs du vice ne m’étaient pas donnés pour autant. La preuve ! Je parcourais le marché Sandaga, un marché réputé de la capitale sénégalaise, de long en large et d’avant en arrière, et revenait dix fois à la charge, sans parvenir à dégotter le candidat idéal ou à tout le moins potable. Aucun ne me faisait flipper. Pire même, mes bonnes dispositions du départ, savamment entretenues tout au long du trajet en taxi, s’éteignaient comme si l’on avait noyé la braise. Les types étaient trop gros, trop maigres, trop coincés, trop classes, trop sales, trop arrogants, trop tout, quoi ! Si d’aventure, l’un de ces avortons signifiait un intérêt déplacé, bien que je ne l’ai pas aguiché ou alors que je le faisais inconsciemment, je l’enguirlandais de belle manière et fuyais au plus vite s’il n’y suffisait pas. Même les loubards qui montraient des velléités de me coincer n’y parvenaient pas.

Si je traînais encore dans les environs c’était parce que mon échec n’était pas digéré mais j’avais compris que mon affaire n’était pas gagnée. La voie lactée se mérite. Ne monte pas qui veut. La propulsion orgasmique exige un carburant magique, dont la production met en œuvre une alchimie très complexe qui demande du savoir et du doigté pour sélectionner et touiller les ingrédients de la débauche dans le chaudron satanique.

Satan ! Je donne mon âme au diable pour tirer un coup, avais-je imploré. Qui était à l’écoute ? Méphistophélès le sophiste, Lucifer l’ange déchu, Hadès le maître des enfers, Satan le corrupteur d’Eve ou simplement quelques diablotins facétieux. Qu’importe ! J’allais être exaucée. Je le sais maintenant. Dés lors, mon âme ne m’appartenait plus mais qui est mon maître. Je parie pour Satan. C’était tout à fait sa griffe.

J’étais épuisée d’avoir tant errer. La déception me lessivait. J’étais entrée dans un café de l’avenue du président Pompidou également connue sous son ancienne appellation d’avenue William Ponti. Je prenais place à une table et commandais un chocolat. Mon intention était de faire le point et balayer les miasmes fétides. J’étais prête à rentrer à l’hôtel. L’échec que je comprenais mieux et ma naïveté que je comprenais moins, alimentaient mes réflexions. J’étais passablement énervée et m’agitais mais sans intention et aucunement celle d’aguicher le jeune serveur qui me regardait. J’avais pu montrer mon cul par inadvertance mais c’était vraiment, vraiment tout à fait involontaire. Avec le recul, il me semble que je remarquais effectivement son manége mais je ne tiltais pas parce que mon esprit n’était déjà plus à Dakar.

Le besoin d’uriner survenait. Je demandais mon chemin. Il me conduisait lui-même. L’itinéraire était extrêmement tarabiscoté. Une porte, un couloir sombre, un escalier, un autre couloir bordé de porte, un salon, un troisième couloir avant d’enfin parvenir au but. Naturellement je nourrissais des doutes bien avant d’arriver à cette salle de bain luxueuse. Il m’avait rassuré expliquant que les sanitaires du rez-de-chaussée n’étaient pas dignes d’une dame de ma condition. Qui connaît l’Afrique, saura que l’explication tenait la route. On atterrissait donc dans l’appartement d’un oncle opportunément absent, lequel au demeurant était le propriétaire de l’entreprise. Je n’avais pas passé la porte que le gamin m’immobilisait contre le chambranle et derechef s’affairait pour retrousser ma jupe.

La précipitation du jeune homme ne masquait pas ses hésitations que je devinais. Sa force et sa détermination n’étaient pas telles que je ne puisse pas renverser la situation. J’étais sans crainte, et même amusée, et en oubliais jusqu’à l’envie de pisser. Le désir m’enflammait d’un seul coup. La pulsion était fulgurante, incompréhensible, irrésistible. Le gamin pressentait ma soumission qui me libérait le temps de dégager son attirail. J’avais tôt fait d’enlever mon top et ma jupe. J’étais nue. Stop ! Capote ! Je m’offrais le luxe d’être raisonnable. Il furetait son portefeuille. Il en avait une, une seule, que je déballais et que je glissais moi-même en place. J’oeuvrais sans précipitation, avec ravissement. Tous ces jeunes qui m’avaient donné du plaisir et le vieux aussi d’ailleurs, avaient des attributs qui me semblaient remarquables. Du temps quand Charles m’honorait encore je devais me contenter de beaucoup moins. Sans même parler de la rigidité qui n’avait rien de comparable. Celui-ci comme les autres m’émerveillait qui était si raide, si dru, si fier. Qu’arrivait-il ? Une malfaçon ? Mon ongle ? Je ne sais. Toujours était-il que la protection était percée, inutilisable. Le jeune trépignait, impatient de repartir au boulot autant que de tirer son coup, qui jurait qu’il était sain. Etait-ce mon désir ? Ma culpabilité ? Probablement les deux. Je cédais.

Le jeune mâle procédait à la manière du pharmacien, empoignait mes fesses et m’adossait le cul sur une commode assez basse. Il se positionnait et me pénétrait du même élan sans ultimatum, propulsant son phallus d’un coup de rein violent qui ébranlait mon bassin et déstabilisait le meuble. D’emblée il lançait les va-et-vient mais de manière maladroite, précipitée. Je peinais à trouver le rythme autant que mon souffle. J’étais débordée par tant de fougue. C’était un lion ! Un sauvage ! Il me blessait. Il me faisait mal mais pas assez que je n’en veuille pas encore davantage. Je serrais les lèvres sans parvenir à étouffer tout à fait mes gémissements. Jamais auparavant, je n’avais soupçonné autant que ce jour mes tendances sadomasochistes. Je voulais le faire bénéficier de mon traitement spécial mais sincèrement c’était impossible. La moitié du temps, je contractais à contretemps mes abdominaux et les vasoconstricteurs. Je risquais la déchirure et lui n’y gagnait rien.

Je relâchais mes muscles et m’abandonnais à la charge sauvage. Mon corps et toutes mes entrailles tressautaient carrément, au rythme de ma transe autant que des assauts tandis que mes sens se postaient à l’affût. Un premier orgasme me ravageait avant qu’il n’éjacule. Puis il lâchait ses bordées. J’entendais vaguement qu’il me demandait de baisser le son. Monsieur prétendait que je beuglais. Le petit rigolo ! Il se gargarisait. Pour sûr c’était Satan qui m’avait baisée. Je reconnaissais sa patte.

Ces aventures dont je vous fais le récit se déroulaient l’été dernier au mois d’août. Il m’est venu l’envie de les coucher sur le papier pour rafraîchir mes souvenirs et pour l’occasion en savourer à nouveau chaque moment. Tant mieux si vous avez partagé partie de mon plaisir.

Mon odyssée se résume à quelques heures de folie, réparties sur une petite semaine. Si je rapporte celle-ci sur un total de mille six cent cinquante semaines que compte mon existence à ce jour, je trouve un taux d’égarement inférieur à 0,06%, lequel vous conviendrez est tout à fait négligeable, en toutes hypothèses. Vous pouvez me cataloguer sévèrement si ça vous chante mais statistiquement parlant, je suis sans doute plus innocente et sans doute aussi plus nunuche que la plupart d’entre vous. Merci de votre indulgence.

Dieu m’a épargné qui faisait que personne ne me contaminait. Après coup Je tremblais de ma bêtise et de mon inconscience. Tous les tests que le toubib m’avait prescrits étaient négatifs. Par prudence, j’ai maintenant une boite de capote dans mon sac. Encore qu’il me reste à trouver l’occasion de les utiliser.

Les choses ne vont pas beaucoup mieux dans mon ménage. Parfois, je caresse l’idée de donner ces lignes à lire au cocu. Bah ! Nous verrons. Mille pensées des plus puériles aux plus contradictoires me chamboulent la tête. Divorce ? Désir ? Santé ? Où est le grand bonheur ? A l’aide Héra ! Sœur des illustres, protectrice des femmes et gardienne de la fécondité, je t’implore moi l’indigne harpie qui sent le temps venu de procréer.

Ma pauvre tête ! Quel mélange ! Je ne sais plus où j’en suis et mon corps se languit de ces instants de folie. A toutes fins utiles j’ai déposé un message sur le répondeur du standard chez Hadès : « Allo Satan ! Ici Annie. Des mois, que je n’ai pas baisé. Je t’en prie, mets moi en tête de liste. ». J’en fais passer un autre en boucle partout dans les journaux, sur les ondes et les sites internet : « Holà Satan ! Ici ta chose. Ne m’aurais-tu pas oublié ? ». J’espère la réponse.

Merci d’avance pour l’informateur complaisant qui d’aventure pourrait me refiler le numéro du portable à Satan. Ce serait bien le diable si au bout du compte, après tout ce raffut, je ne trouve pas la bonne semence qui fécondera mon ventre. Y a t’il plus grand miracle que de donner la vie après l’avoir portée ? Par Jupiter, d’où peut bien me venir ce lancinant désir de maternité ?

Cette histoire a reçu : 0 commentaire. Ajouter un commentaire.

Écrire un commentaire :